Je suis une personne

  • Date du 22 mai au 16 juin 2012
  • Compagnie Ktha
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La compagnie Ktha propose une expérience théâtrale singulière et audacieuse : du théâtre en container ou comment une comédienne réalise la performance acrobatique de jouer sur deux niveaux et surtout d’être à la fois présente et absente pour garder intacte l’attention du spectateur.

Comment représenter le récit d’un enfermement et tenter d’en faire une expérience collective ? Deux containers superposés, donc deux espaces de jeu reliés par de multiples caméras présentes sur chaque niveau. La comédienne passe d’un étage à l’autre par des parcours acrobatiques et son image est projetée lorsqu’elle s’absente de l’un des deux espaces. Il y a absence et présence à la fois : une impossibilité à enfermer le vivant et le poétique dans une case, mais également la toute puissance et la grande fragilité du vivant qui se donnent comme sur-présent.

 

Texte expiré.

 

Le texte est expulsé, ajusté sur le souffle et le corps de la comédienne. Dans un non-récit qui nous parle des faits les plus anodins de la vie du tous les jours, d’un regard curieux et émerveillée, la comédienne nous ballade dans un métro, dans une rue, au sein d’une famille qu’elle ne fréquente plus mais dont le souvenir reste intact. « Tout va bien » répète t-elle alors que la trame défile. C’est que l’enchaînement dramatique des situations nous place effectivement dans une inquiétude que la comédienne rend paisible, vivable. Le problème est justement là, quelle inquiétude, quelle plénitude ?
Il s’agit de dépasser un enfermement, de combattre la routine rectiligne du cube par l’explosion d’une pensée au coeur même de l’habitude : construire un flux constant, libre.

 

Ouverture d’un demi-soupir.

 

La comédienne est cette bulle de liberté. Mouvante, généreuse, souriante, mais aussi d’une grande fragilité. Elle nous regarde, droit dans les yeux, souriante. Elle est agile, rapide mais aussi soumise à des contraintes de jeu et de corps. C’est dans l’importance de la contrainte que prend vie cet élan d’énergie et de liberté. Le dispositif scénique force la comédienne à donner, à créer le lien, ce qui n’est pas sans risque physique ou mental. Créer du lien c’est donner, sans savoir ce qui viendra en retour. C’est là que s’inscrit ou se désinscrit le dispositif. Cette contrainte spatiale force la comédienne à effectuer un parcours vertical qui donne lieu à une véritable performance d’actrice, mais qui ouvre l’espace d’enfermement qui s’incarne dans le texte: à la place d’une explosion, nous est figuré une envolée impossible. L’enfermement est simplement spatial, dans le container, mais il n’est pas assez marqué pour rendre la présence de la comédienne fulgurante et insaisissable… Et ainsi physiquement nécessaire, quoique cette présence devient guide. La fugueuse acrobate devient seul point d’ancrage, seul point de fuite du texte dans un dispositif qui pourrait rendre le jeu et la parole lumineuse, au coeur de l’obscurité de l’enfermement.

 

Viens, on va jouer dehors ! 

 

La force de cette expérience théâtrale réside dans le lien qu’elle pose entre les choses et cela malgré toutes les contraintes. Entre chaque spectateur et la comédienne, entre intérieur intime devenu froid et extérieur magique et surprenant. C’est ça, une parenthèse, au coeur des choses et des références tout en les bousculant. Le rythme est surprenant, insondable à la première parole… Et l’accélération qui a lieu en est presque insoutenable dans l’empathie que le spectateur ressent pour la comédienne. Il y a dans l’imprévu et dans le risque, cette sensation physique d’être en vie. Les bruits extérieurs nous parviennent à travers les parois : les voitures, les rires, les oiseaux participent de cette échappée sensorielle. Dans nos têtes se bousculent les images, sublimes et évanescentes. La première est d’une beauté incroyable, fulgurante : une jeune femme est debout au balcon du deuxième container ; la porte est ouverte, la rue vivante et bruyante ; le ciel bleu, l’horizon citadin : elle respire, regarde le ciel… et saute.

 

Je suis une personne est une pause, un regard souriant sur le réel teinté d’un soupir aérien. Mais aussi une tentative de faire le point, le lien, le plein d’images et de liberté dans le plus curieux des espaces. Aussi, une respiration nécessaire.

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