PRIX THEATRE 13 – Entretien avec Quentin Defalt

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Une après-midi au théâtre 13, nous avons rencontré Quentin Delfat, créateur du concours Prix théâtre 13 et membre du Jury. 

 

Est-ce que tu peux nous raconter ton parcours, comment tu as découvert le théâtre ?

Petit, j’étais très timide. En 6ème, je ne sais pas pourquoi, je me suis inscrit dans un atelier théâtre, alors que je ne parlais pas. J’ai adoré ça, mais je ne parlais toujours pas à l’école tandis que j’avais les premiers rôles au théâtre. Ensuite, j’ai continué pendant toute ma scolarité.

 

A la fac, j’ai commencé une maitrise d’histoire et je suis rentré en parallèle au Conservatoire du 7ème arrondissement de Paris, un peu par hasard. Pour la rigolade, j’ai passé le concours de l’Ecole Supérieure d’Art Dramatique (ESAD), et j’ai été pris. J’étais un peu embêté. J’ai fini ma maitrise et je me suis complètement investi dans le théâtre.

 

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A l’époque, je me disais déjà que je n’avais pas envie de devenir comédien. Aussi, j’ai utilisé l’ESAD pour commencer à constituer un groupe et faire des projets de mise en scène.

 

En 1999, j’ai participé à un concours inter conservatoire organisé par le Festival Onze Bouge. J’avais décidé de monter la pièce Croisades de Michel Azama, et il se trouve qu’on a gagné le concours, qui a disparu l’année d’après. Pendant très longtemps, j’ai gardé cette histoire en tête, en me disant que c’était grâce à ce dispositif que j’avais finalement réussi à me remotiver pour la création théâtrale.

 

C’est pourquoi, six ans après j’ai proposé à Colette Nucci, la Directrice du Théâtre 13, de monter une sorte de prix ou de concours pour encourager les jeunes metteurs en scène. Elle a accepté et deux jours après je suis revenu avec le règlement.

 

Comment as-tu pensé ce concours ? Quel est son but ?

Je crois que j’ai monté ce festival pour faciliter la vie des jeunes metteurs en scène. Par exemple, le prix de la mairie du 11ème m’avait vraiment encouragé et j’ai gardé cette volonté d’accompagner les jeunes.

 

Comment s’est passé le financement du prix ?

La première année, le festival avait une formule différente, avec une finale en journée et très peu de public. Le théâtre 13 offrait alors au gagnant une semaine de programmation, mais il n’y avait pas encore d’argent en jeu. Aujourd’hui, le gagnant repart avec 80% des recettes de l’exploitation sur dix jours lors de la reprise, une aide de l’Arcadi, un prix de la SACD et trois dates achetées, soit un montant total d’environ 25.000 euros.

 

Quels sont les critères de sélection pour participer au Prix Théâtre 13 / Jeunes metteurs en scène ?

En fait, le règlement a énormément évolué depuis la création du prix. Au début, les candidats devaient avoir moins de 26 ans, mais on s’est aperçus que trop de projets ne tenaient pas la route. Or le Prix Théâtre 13 / Jeunes metteurs en scène tendait à remplacer les Scènes d’été du 13, il fallait donc amener une vraie programmation. Aujourd’hui, il faut avoir entre 26 et 36 ans pour participer et proposer une pièce avec au moins six comédiens.

 

La sélection se fait d’abord sur dossiers. Ces derniers sont étudiés par Colette Nucci, Fabian Chappuis, le Directeur adjoint du théâtre 13, moi-même et quelques membres du jury. C’est important qu’on soit beaucoup à les lire pour que les trente dossiers retenus soient vraiment choisis par une majorité.

 

Ensuite, au premier tour, les candidats doivent présenter 15 minutes de lecture dirigée devant un jury composé de metteurs en scènes professionnels ou d’anciens lauréats du prix, afin qu’ils commencent à voir des pistes de mise en scène et valident une distribution. Il y a également un entretien avec le metteur en scène, et c’est à ce moment là qu’on essaye de voir s’il a un vrai désir de persévérer dans le théâtre, car on veut vraiment aider un metteur en scène dans un parcours.

 

Au deuxième tour, on demande aux candidats de présenter 30 minutes de mise en scène. Enfin, au troisième tour, les six spectacles sélectionnés sont joués devant un public et un jury composé de programmateurs et d’institutionnels.

 

A l’issue du concours, le jury décerne un prix au lauréat, mais on remet aussi une mention spéciale à un spectacle qui n’a pas gagné, et qui mérite vraiment une récompense. Cette mention donne lieu à dix jours de programmation au théâtre de Belleville. Enfin, il existe aussi un prix du public, mais celui-ci est totalement honorifique. Il est décerné par les spectateurs qui prennent un festipass*.

 

Quels spectacles lauréats du Prix Théâtre 13 ont eu une belle vie après le concours ? 

Différents spectacles ont réussi a avoir une belle vie. Dans les derniers, je pourrais citer celui d’Elise Noiraud, Les fils de la terre, et celui de Johanna Boyé (Le Cas de la famille Coleman).

 

Peux-tu nous dire quel est ton rapport à la critique théâtrale ?

Je trouve qu’il y a de moins en moins de vraies critiques, c’est-à-dire, de critiques argumentées qui peuvent quand même donner envie aux gens de venir quel que soit l’avis du journaliste. Par exemple, j’ai déjà lu des mauvaises critiques dans lesquelles le journaliste expliquait pourquoi le spectacle ne lui avait pas plu, mais pourquoi il pourrait plaire à d’autres. Au contraire, les mauvaises critiques gratuites n’ont, à mon sens, aucun intérêt.

 

De façon générale, il est plus facile pour les journalistes de critiquer les jeunes compagnies que les compagnies renommées. Par exemple, dans le cadre du Prix Théâtre 13 / Jeunes metteurs en scène, nous avions invité des journalistes pour qu’ils remettent un prix de la presse. Or, certains journalistes ont détruit les compagnies au lieu de les accompagner avec un travail critique constructif.

 

*PASS ouvrant le droit de voir tous les spectacles du festival.

 

Entretien mené par Abdel Djallil Boumar et Célia Cristofoli

 

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