T-Rex

Théâtre de la Contrescarpe

  • Date Du 8 avril au 20 juin 2018
  • Auteur Alexandre Oppecini
  • Avec Alexandre Oppecini
  • Mise en scène Marie Guibourt
  • Scénographie et lumières Lucie Joliot
  • Musique Rémi Oppecini
t-rex

Depuis qu’il a vu Jurassic Parc à l’âge de 10 ans, Alexandre ne cesse de rêver qu’il se fait dévorer par le tyrannosaure rex, cet énorme dinosaure qui fait trembler le sol lorsqu’il arrive. En grandissant, le T-Rex n’a pas disparu, il s’est simplement métamorphosé en monstre d’angoisse et de stress. Pendant 1 heure 20, Alexandre Oppecini nous invite à réfléchir sur le monde du travail, ses tensions et ses pressions. Un travail intéressant, mais inégal.

 

Un travail monstre ou un monstre au travail ?

Alexandre est chargé de compte settlement en back office. Lorsqu’il arrive au bureau, lundi matin, sa n+2 lui annonce que son n+1 ne viendra pas aujourd’hui, car il s’est pendu dans sa cuisine. Mais on a pensé à lui, Alexandre, pour mettre en place le nouvel outil informatique qui permettra de signer la banque Goldman Sachs comme client.

 

Alexandre est ravi – du moins pas pour son n+1 – d’avoir enfin une promotion. Enfin, il devient manager officieux de son équipe ! Mais la tâche apparait plus ardue qu’il n’y parait. Au fur et à mesure, la charge de travail devient de plus en plus importante et son équipe de moins en moins efficace. Le personnage nous narre alors cette longue escalade jusqu’au burn-out : la pression de la hiérarchie, la volonté de bien faire, l’insertion perfide du travail dans la vie privée et les nuits sans sommeil.

 

Ce travail monstrueux commence alors à apparaitre dans ses rêves sous les traits du T-Rex qui vient pour le dévorer. Sur cette figure préhistorique, Alexandre Oppecini projette le stress et l’angoisse qui détruit tout sur son passage et qui paralyse : « Si tu ne bouges pas, il ne te verra pas ». Plutôt subir qu’agir, plutôt continuer que s’arrêter. Mais à force de survivre dans la jungle de l’open-space, ne finit-on pas par devenir un monstre soi-même ?

 

Un monologue inégal

Il faut d’abord reconnaitre les talents d’orateur d’Alexandre Oppecini qui arrive à tenir son public bien qu’il soit seul en scène. Pendant 1 heure 20, il joue son propre personnage ou bien ses collègues, qu’il mime de façon parodique ou qu’il représente par du matériel de bureau : le bloc de post-it devient son assistante, l’agrafeuse, le typex et les surligneurs ses différents collaborateurs.

 

La mise en scène est sobre, mais efficace : un bureau, à gauche, représente son lieu de travail, une planche, à droite symbolise son espace personnel. Au milieu, trône une machine à café, dont les innombrables utilisations rythment la montée en puissance de la folie. Le rythme, justement, se tient lui aussi : les moments de rêves apportent des respirations agréables, à la fois angoissantes et comiques, tandis que certaines scènes d’acmé, soulignées par la musique électro nous rappellent la violence de cette vie de bureau ordinaire.

 

Néanmoins, on peut reprocher à Alexandre Oppecini la trop grande utilisation de clichés : sa collègue noire a nécessairement les sourcils redessinés au crayon et demande « encore » un congé maternité, les « trois vierges maries » Marie-France, Marie-Claude et Marie-Françoise, sont de vieilles syndicalistes cégétistes et l’homosexuel du service passe son temps à s’acheter des costumes Versace. De même, ses imitations se veulent éminemment caricaturales, entre la boss pincée à l’accent bourgeois et son homologue beauf aux gestes d’hétéro machiste.

 

Cet humour facile et quelque peu grossier a pour conséquence d’alourdir la pièce et de prendre le dessus sur la réflexion plus subtile qui est menée à propos du milieu du travail. De fait, le spectateur se lasse et les 20 dernières minutes semblent de trop (preuve en est des applaudissements qui surviennent alors que la pièce n’est pas encore finie). Dommage !

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