The Beggar’s opera | Le Souffleur

The Beggar’s opera

Théâtre des Bouffes du Nord

  • Date 20 avril au 3 mai 2018
  • Ballad opera de John Gay et Johann Christoph Pepusch
  • Dans une nouvelle version de Ian Burton et Robert Carsen
  • Mise en scène Robert Carsen
  • Conception musicale William Christie
  • Comédiens Robert Burt Mr. Peachum, Beverley Klein Mrs. Peachum / Diana Trapes, Kate Batter Polly Peachum, Benjamin Purkiss Macheath , Kraig Thornber Lockit, Olivia Brereton Lucy Lockit, Emma Kate, Nelson Jenny Diver, Sean Lopeman Filch / Manuel, Gavin Wilkinson Matt, Taite-Elliot Drew Jack, Wayne Fitzsimmons Robin, Dominic Owen Harry, Natasha Leaver Molly, Emily Dunn Betty, Louise Dalton Suky, Jocelyn Prah Dolly 
  • Les musiciens l'ensemble Les Arts Florissants
  • Musiciens Emmanuel Resche-Caserta Violon I, Théotime Langlois de Swarte ou Martha Moore Violon II, Sophie de Bardonnèche ou Simon Heyerick Alto, Marion, Martineau Violoncelle, Douglas Balliett Contrebasse, Anna Besson Traverso, flûte à bec, Neven Lesage Hautbois, Hervé Trovel ou Marie-Ange Petit Percussions, Thomas Dunford Archiluth
  • Direction et clavecin William Christie (et en alternance Florian Carré les 21 et 24 avril)
  • Recherches musicales Anna Besson et Sébastien Marq
  • Édition musicale Pascal Duc
174860-ber18041859 The Beggar's Opera (L'Opéra des gueux) a été créé par John Gay au 18e siècle. Il est considéré comme l'ancêtre de la comédie musicale. Il a notamment été réinterprété par Brecht qui en a fait la version française l'Opéra de Quat'sous. Il est aujourd'hui modernisé par le metteur en scène Robert Carsen, en collaboration avec le dramaturge Ian Burton.

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À Londres, Macheath, un voleur aimé de toutes, est poursuivis par ses employeurs : les parents mafieux de Lucy. Elle a osé se marier avec lui par amour, ce qui est contraire à l'éducation qu'ils lui ont prodigué. "Qu'est-ce j'y gagne ?" est la ligne de conduite dont elle n'a pas tenu compte. On se marie uniquement par calcul pour profiter de l'argent de son époux. C'est ce que n'ont compris ni Lucy ni Polly, la fille du geôlier. Certaines scènes nous rappellent la scène de Dom Juan de Molière dans laquelle le personnage éponyme courtise deux femmes en même temps. Ici, les deux femmes se disputent le jeune voleur, acteur principal interprété par Benjamin Purkiss. Les mêmes discours sont répétés et détournés comme une ritournelle. La chanson des voleurs est reprise : Macheath qui croyait manipuler les femmes est manipulé par les prostituées. On chante littéralement et métaphoriquement l'opportunisme, l'alcool, le sexe dans le repaire des voleurs. C'est une véritable taverne où l'alcool délie les langues.

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Ce n'est pas une tragique histoire d'amour impossible, mais une satire du profit qui règne en maître dans les bas-fonds londoniens. Les personnages n'hésitent pas à tuer pour éliminer leurs problèmes. Les comparaisons avec les animaux et les fleurs parodient les poèmes romantiques. Comment rester de marbre lorsque Polly dit avec conviction qu’elle se compare à une renarde qui protège son amant ? La jeune femme interprétée par Kate Batter est présentée comme une petite fille naïve, capricieuse, encore dans sa chambre d'enfant rose bonbon avec ses habits de la même couleur. On regrette la fin heureuse sauvant Macheath de la pendaison. Certes, il y a des révolutions à la fin du 18e siècle. Toutefois elle se veut être une critique de la corruption politique contemporaine, mais nous paraît artificiellement rajoutée.

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Les chorégraphies sont très travaillées, dans la première, assez longue, les danseurs jonglent presque avec les cartons. La danse contemporaine des chorégraphies de groupe contraste avec le chant lyrique et l'accompagnement instrumental. Ce sont les rares éléments qui nous rattachent encore au 18e siècle. Les instruments sont d'époque : on compte le clavecin, l'alto en bois, le luth. Les danseurs et les musiciens sont habillés de la même manière. Ils portent des survêtements gris, vert, marron sombres. La lumière reste constante pendant une grande partie du spectacle : elle est jaune, chaude, mais devient froide bleutée et moins diffuse lorsque Macbeath est en prison ou lors de sa pendaison.

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Le décor tout en carton occupe la scène des Bouffes du Nord. La scène est réduite à l'avant-scène derrière laquelle s'érige un mur de cartons. La plupart des scènes se passent dans la maison des parents de Polly. Son père étant un commerçant mafieux spécialisé dans l'import-export, on imagine que ces cartons constituent sa fortune. On regrette que le décor de carton reste une simple façade décorative ou une démonstration technique. Les cartons sont parfois retirés du mur pour pour créer des décors éphémères une table basse, un bar. Quelques scènes exploitent le renfoncement momentané à l'étage pour figurer la chambre de Polly. La scénographie aurait davantage pu exploiter la hauteur des échafaudages de cartons. Cependant, le décor est bien pensé si l'on se réfère au titre, L'Opéra des Gueux. Les cartons entassés font de la scène un entrepôt poussiéreux dans lequel les voleurs se fabriquent un bar de bric et de broc.

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L'environnement dans lequel vivent ces voleurs est peu reluisant à l'image de leur morale dépravée. Ils présentent une apparence soignée autant dans les vêtements qu'ils portent que dans les discours amoureux que Macbeath tient à Polly et à Lucy ou dans le chant lyrique qui magnifie les propos les plus grossiers.

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© Patrick Berger

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