Mondes

Théâtre de la Cité Internationale

  • Date Du 15 mars au 23 mars 2018
  • Texte Alexandra Badea
  • Avec Alexandra Badea, Benjamin Collier
Mondes
Alexandra Badea, auteure, metteuse en scène et réalisatrice (elle a écrit entre autres la pièce Extrêmophile jouée cette année à l’Echangeur) se produit sur la scène du Théâtre de la Cité universitaire pour une performance sobre et poétique. Accompagnée de Benjamin Collier à la guitare, elle écrit en direct une correspondance avec un photojournaliste imaginaire et nous interroge sur notre rapport à l’image et à l’actualité.  
 
Performance 
Sur scène, un écran et deux ordinateurs. Celui de gauche appartient au musicien Benjamin Collier. Il accompagne sa guitare, dont la mélodie lancinante et mélancolique rythmera toute la pièce. Celui de droite appartient à Alexandra Badea qui l’utilise pour écrire en direct les lettres qu’elle envoie ensuite au photographe imaginaire Yann. K et pour lire ses réponses. Derrière, l’écran, immense, imposant, nous rappelle ceux qui envahissent nos vies, du smartphone à la télévision. Lorsque le spectateur entre dans la salle, des images de guerre défilent, lentement, dans un fil d’actualité anodin. Parmi elles se trouve la photo qui engendrera le texte, qui déclenchera la réflexion. 
 
« La photo est choisie la semaine avant la représentation », explique Alexandra Badea, « Le scénario est conçu à partir de cette photo. Les personnages restent à peu prêt les mêmes, mais ils peuvent évoluer d’une représentation à une autre. Le texte du photographe que je lis pendant le spectacle est écrit quelques jours avant, mais le texte de cette femme qui regarde la photo est écrit au présent. Je ne le prépare pas». En effet, c’est cette sensation de live qui séduit. On voit Benjamin Collier construire sa musique en même temps qu’Alexandra Badea écrit son texte, lui donnant son rythme, ou bien se calant sur le sien. L’écriture en direct surprend aussi. Il change la perception du théâtre. D’un coup, celui-ci n’est plus parlé, mais écrit. Il n’est plus déclamé, mais lu, laissant le temps à chacun de se l’approprier, de le faire résonner en soi.  
 
Monde intérieur / Monde extérieur 
La pièce d’Alexandra Badea nous invite à nous interroger sur notre monde et le rapport que nous entretenons avec lui. Faut-il accepter le monde tel qu’il est ? Faut-il essayer de le changer ? Ou bien faut-il renoncer ? Les lettres du personnage trahissent une colère face à notre impuissance devant des événements tels que la guerre en Syrie ; mais elles affirment aussi une volonté de comprendre et de se battre pour parvenir à habiter le monde au lieu de le fuir 
 
La pièce interroge également la place et le rôle de l’image. Les photos de guerre relèvent-elles de la complaisance ? Sont-elles une mise en scène de l’horreur, une esthétisation de la souffrance ? Ou bien nous obligent-elles à regarder ce que nous nous efforçons de ne pas voir ? Plus largement, est-ce agir que d’appuyer sur le déclencheur ? Oui, nous répond le photographe imaginaire. Grâce à son regard, grâce à ses photos devenues virales sur le net, des gens se sont intéressés aux délaissés, aux marginaux, aux oubliés de la société. Et certains ont pu être sauvés.  
 
Toutefois, « La photo est un prétexte pour déclencher une parole poétique intérieure » nous dit Alexandra Badea. Ainsi, si la pièce nous parle du monde qui nous entoure, elle le fait à partir d’une intériorité personnelle, d’une voix aussi singulière que le point de vue du photographe qui, comme l’écrit la personnage, écrase tout. A l’écran, deux « je » se parlent et se répondent, tissent une certaine intimité à partir des réflexions qu’ils engagent. On comprend, au fur et à mesure du texte, qu’ils étaient autrefois un couple, qui n’a pas réussi à habiter le monde ensemble, qui n’a pas réussi à créer leur propre monde.  
 
 
 
Ainsi, Mondes séduit tant par la réflexion actuelle qu’elle développe que par sa forme innovante et moderne. On regrette seulement que cette forme soit un peu trop statique ou un peu trop répétitive. Certainement parce qu’on aurait voulu que ça dure plus longtemps.  

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