Les Soldats & Lenz

Théâtre 71 Scène Nationale Malakoff

  • Date du 23 janvier au 2 février 2018
  • Mise en scène et scénographie Anne-Laure Liégeois
  • Collaboration à la scénographie François Corbal
  • Lumières Dominique Borrini
  • Interprètes Luca Besse, James Borniche, Elsa Canovas, Laure Catherin, Simon Delgrange, Anthony Devaux, Olivier Dutilloy, Victor Fradet, Isabelle Gardien, Paul Pascot, Alexandre Prusse, Achille Sauloup, Didier Sauvegrain, Agnès Sourdillon, Veronika Varga
  • Musique Bernard Cavanna
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L’Amour inspire les auteurs. Et si on rajoute des soldats qui abusent de leur statut pour séduire des jeunes filles qu’ils jettent après consommation, on peut se plonger alors dans Les soldats de Lenz avec un regard différent.

Marie est fort belle et très innocente. Quand un homme lui fait la cour et lui promet monts et merveilles, elle y croit. Mais après qu’il a abusé d’elle, il ne donne plus de nouvelle et s’enfuit de Lille, ville où se déroule l’histoire. Devient-elle une putain à soldats comme ces autres filles ?

Une mise en scène audacieuse
Anne-Laure Liégeois adapte très librement la pièce écrite par Jakob Lenz. Les Soldats a été écrite en 1775 où les lettres étaient un moyen de communication très usité. C’est là-dessus qu’elle a décidé d’ouvrir le spectacle. Ces feuilles blanches porteuses de tellement d’espoir et de souffrance à la fois. Elle y décrit avec fougue et passion les attentes de réponse d’un amour réciproque ou de rupture. La table au milieu de la grande scène révèle le tourment des sentiments. Ces moments se déroulent dans la maison familiale où l’on rencontre une sœur jalouse et peu causante. Les gestes souvent brusques, cruelles montrent une rivalité qui ne connaîtra jamais de paix. D’ailleurs, elle ne portera que des couleurs sombres et ternes. Tout comme la mère, soumise au père, qui déteste Marie, belle, jeune et souriante. Les autres moments permettent de découvrir le quotidien d’ennui des soldats dans la caserne, dans les soirées, la fête foraine…

La mise en scène est incroyable. L’espace paraît très grand. En premier plan, on trouve un parquet sur lequel des objets (table, chaise, lit…) vont et viennent. Ils sont apportés par les comédiens eux-mêmes. D’ailleurs, il reste sur les côtés quand ils ne sont pas mis en avant. En fond de scène, un ensemble de petits boxs surmontés d’une estrade inclinée. Les espaces s’inventent au fur et à mesure accompagner d’un éclairage toujours bien placée et ajustée. Les ambiances souvent glaçantes accompagnent nos personnages dans leurs sombres destins. Une scène de viol montre l’aboutissement de la perdition de l’identité et  des rêves de la jeune Marie. Tout cela pour nous mener vers une fin, totalement réécrite, où la jeune vierge est devenue une pute à soldats, criant sa solitude dans le froid et sous la neige. Son père ne l’a reconnaîtra pas. Le drame s’installe et le rideau tombe. Peu de changement sera apporté pour le second spectacle avec le duo de comédiens. Des habits modernes, une petite scène portative en plein centre de la scène, les deux comédiens se partagent le texte. Une lumière verdâtre et froide illumine toute la scène. Dans la pénombre, quelques comédiens silencieux sont assis dans des boxs. L’image est très belle et m’invite  à une rêverie photographique. Je cherche l’angle de prise de vue et le texte m’échappe un peu. L’esthétique m’intrigue et me séduit. Je reste les yeux fixés sur la scène.

Quand l’Amour devient prostitution
La jeune fille du marchand Wesener fait tourner quelques têtes. La belle Marie aime un homme à distance, Stolzius, fils d’un marchand de drap à Argentières. Mais quand un homme en chair et en os, Desportes, baron et officier, se présente à elle et lui fait la cour, la tête tourne. Il lui offre des cadeaux et lui écrit de la poésie. Par conséquent il ne peut-être mauvais contrairement aux autres soldats à la mauvaise réputation. Une fois que le soldat aura abusé d’elle sexuellement, il l’abandonnera. Par contre, il la recommandera chaudement à un de ces amis officier. A partir de là, c’est la chute et cela ne va pas s’arrêter. Son père l’aimant profondément cédera à tous ces caprices jusqu’à ruiner sa famille. L’innocence s’est envolée avec les rêves de grandeur. Elle aura appris malgré elle qu’il faut rester à sa place et que les hommes peuvent être de sacrés menteurs et très violents quand il est question de plaisir charnel.

Après le combat, la folie d’un homme
Après plus de 2h00, l’histoire aurait  du se terminer là sur cette pièce qui enthousiasme le public. Mais la metteuse en scène a décidé de compléter cette première partie avec un autre texte, Lenz, de Georg Büchner datant de 1835. Un écrit sur le voyage que fit Lenz dans les Vosges d’après les notes médicales du pasteur Oberlin. La démarche semble logique. Mais permet-elle de garder l’attention du public ? La salle qui n’était déjà pas pleine se dépeuple de moitié pour la seconde partie. L’attention est moins présente. Le ton se fait plus neutre avec quelques variations tout de même. Le sommeil commence à en gagner certains. Des mots captent notre attention car nous suivons le chemin d’un homme vers la folie. Le récit pourrait faire l’office d’un spectacle à lui tout seul. En effet, la pièce ne dure que 55 minutes. Il aurait pu s’inscrire dans un cycle pour la découverte de Lenz, sa plume et le contexte d’une époque.

Deux pièces distinctes qui se suffisent à elle-même où la violence et la cruauté règnent en maître. Toutefois, plus de 3 heures de spectacle cela semble un peu long.

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