Peer Gynt

Théâtre des Bouffes du Nord

  • Date Du 8 février au 18 février 2018
  • D’après Henrik Ibsen
  • Adaptation et mise en scène Irina Brook
  • Poèmes Sam Shepard
  • Chansons Iggy Pop
  • Avec Helene Arntzen, Frøydis Arntzen Dale, Diego Asensio, Jerry Di Giacomo, Scott Koehler, Mireille Maalouf, Roméo Monteiro, Damien Petit, Margherita Pupulin, Pascal Reva, Augustin Ruhabura, Gen Shimaoka, Shantala Shivalingappa et Ingvar Sigurdsson
  • Chorégraphie Pascale Chevroton
  • Scénographie Noëlle Ginefri
  • Costumes Magali Castellan assistée d'Irène Bernaud
  • Masques Cécile Kretschmar assistée de Sarah Dureuil
  • Lumière Alexandre Toscani
  • Assistant à la mise en scène Angelo Nonelli
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De la Norvège aux Amériques

On connaissait Hamlet pour son « to be or not to be ? » mais connaît-on Peer Gynt pour « Who am I ? » ? La quête initiatique de cet anti-héros se joue dans l’arène circulaire du théâtre des Bouffes du Nord. La metteuse en scène, Irina Brook, revisite le chef-d’œuvre du grand dramaturge norvégien Henrik Ibsen.


Peer Gynt, interprété par Ingvar Sigurdsson semble notamment par l’âge de l’acteur, un grand enfant en crise de la cinquantaine. Irresponsable, menteur, rêveur, poète, insolent, anticonformiste, séducteur et lâche, il désespère sa mère, déboussolée par ses inconstances.
Sa réputation n’est plus à faire, au village tout le monde lui est hostile et se moque de ses brèves improvisées sans queues ni têtes auxquelles seul Peer croit. 
Musiciens, danseurs, chanteurs, clowns, les artistes choisis par Irina Brook ont plusieurs cordes à leur arc. L’histoire se joue sous l’impulsion de cette fanfare qui excelle dans tous les styles : folk, blues, folklore, punk, ou slow ; et donne à ce Peer Gynt des airs de comédies musicales.

Irina Brook est encore marquée de sa première lecture de la pièce lorsqu’à ses 19 ans, elle étudiait à New York. La metteuse en scène travaillait comme serveuse dans un café quand elle rencontrait déjà les personnalités telles que David Bowie ou Iggy Pop. Toutes ses expériences passées font transpirer dans sa création la culture des Etats-Unis. Mais l’Amérique qu’elle nous fait découvrir a plusieurs visages : un mariage comique à la Woody Allen, le folklore des campagnes, les saloons des néo-cowboys du Texas, mais aussi les concerts des salles new-yorkaises ; ce Peer Gynt est absolument baroque.

L’enfer du ment-songe

Peer Gynt grand menteur devant l’éternel part à la recherche de la vérité et erre dans plusieurs mondes fantastiques dont celui des trolls, un cabaret des tentations où se lie en fanfare succubes à cornes et démons, un enfer régit par le maître mot : « envoie tous le monde balader, satisfais toi d’abord ».
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Renommé « P.G & the trolls », Peer Gynt va connaître gloire et fortune sous l’étendard de cette doctrine malfaisante, on le retrouve 30 années plus tard sous les allures d’un vieux rocker qui a roulé sa bosse. Son pantalon en cuir brillant et son déhanché torse-nu font évidemment penser à Iggy Pop. Peer Gynt a suivi le chemin des trolls guidé à la lanterne de leurs passions charnelles et leur individualisme. Malgré le fait qu’il ait eu tout ce dont il désirait, Peer Gynt semble malheureux d’être passé à côté de sa vie, de l’avoir gâchée, il n’a pas été vraiment ce qu’il aurait du être, mais qu’est-ce qu’ « être soi-même » ?

La paix et la miséricorde qu’il recherche, Peer Gynt la trouve en Solveig qui a passé son existence, comme Pénélope à son tricot, à fredonner le retour de Peer. « L’homme sincère a les yeux qui piquent lorsqu’il épluche l’oignon de son être » se plaint notre héros à genou, pliant de remords sous une pluie de flocons. Être soi-même, être vrai et sincère, on ne peut le devenir qu’en s’épluchant lamelle après lamelle, en s’arrachant au superficiel, en se lavant des péchés de toute une vie. Il est incontestable que l’œuvre d’Ibsen comporte une réflexion sur la rédemption du Christ. C’est d’ailleurs ce que révèle le spectacle, dans un geste appuyé et maladroit, en dévoilant la grande fresque en fond de scène représentant une sorte de Jésus les bras en croix. Ce spectacle donne à voir et à entendre, convoque des instants de compassion intense et nous remplit à la sortie d’exaltantes réflexions intérieures.

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