L’Autobus | Le Souffleur

L’Autobus

Théâtre 13

  • Date 9 janv. 2018 – 11 févr. 2018
  • Texte Stanislav Stratiev
  • Mise en scène Laurence Renn Penel
  • Acteurs Raphaël Almosni, Lionel Bécimol, Natacha Mircovich, Marc Sébala
  • Création costumes Cidalia Da Costa
  • Scénographie Thierry Grand
  • Assistante à la mise en scène Elise Lebargy
  • Assistante à la chorégraphie Sophie Mayer
  • Coiffure Julie Poulain
  • Musique Stéphane Scott
  • Création lumières Thierry Grand
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          Le titre de la pièce désigne le lieu de l’action : un autobus. L’intrigue tient à un parcours qui n’est pas respecté. Le conducteur n'en fait qu'à sa tête, ne suit absolument pas l’itinéraire habituel. Des conflits naissent entre les passagers qui sont tiraillés entre l'envie de se plaindre au conducteur et la résignation causée par la peur de cette haute autorité. Un jeune couple, un ivrogne, un musicien, un couple divorcé, un homme pointilleux et un jeune homme. Neufs personnes issues de classes sociales diverses se laissent entraîner dans cette course qui met soi-disant leur vie en péril.

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          On peut voir la pièce comme la métaphore d'un régime politique. Le langage politique est très imagé : on gouverne un bateau comme on gouverne un pays. Au gouvernail, un conducteur alcoolique embarque malgré eux les passagers dans une course folle. Il s’avère être un véritable chauffard ne se souciant absolument pas de ses passagers. Les passagers apprennent au bout d'un certain temps que sa priorité est de trouver une boulangerie. La situation devient encore plus cocasse qu'elle ne l'était déjà.

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          Le microcosme social du bus préfigure le régime communiste des années 1980 en Bulgarie. Cette petite société est réglée par l'individualisme aujourd'hui bien présent, doublé d'une suspicion généralisée. Chacun veut garder ses petits privilèges, tout en discourant sans jamais agir, en particulier un homme qui donne des ordres. Il suffirait d’un moindre effort de la part de chacun pour parvenir à leur fin au lieu de risquer leur vie dans cette histoire pleine de rebondissements. Le partage dans l'égalité, l'équité, l'élitisme, la passivité sont abordés au fil des revirements de situations. Le personnage du petit chef verse dans le burlesque en cela qu’il fait de grands discours à propos du sacrifice que chacun devrait faire pour le bien de la communauté, soit : avoir le courage d'aller parlementer avec le chauffeur ou de donner un peu de son pain à cet homme.

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          Le chauffeur assoit son autorité sur la crainte qu’il inspire. Placé en hauteur, il a une position dominante. Comme il est saoul et colérique, il semble dangereux d’aller lui parler. Il est intouchable puisque tout dépend de lui. Son tempérament n'est pas sans rappeler la colère divine, foudroyante, elle laisse un passager inanimé. Les passagers s'apprêtent à céder au caprice du chauffeur. Finalement, leur individualisme les amène à se voler entre eux au lieu d’être solidaires. Ils ne font rien pour arranger les choses, préférant se disputer. Les dialogues mettent en valeur les raisonnements absurdes des personnages.

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          Le décor est pleinement exploité : l'alternance des éclairages met en scène l'avancée du bus, le jeu des comédiens est très physique puisque les passagers se penchent, s'affalent pour mimer les virages extrêmes. Le bus est un terrain de jeux pour les deux amoureux acrobates. Ils sont malmenés et se malmènent les uns les autres jusqu'à ce que la jeune femme se dévoue pour amadouer le conducteur avec ses charmes.

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          Choisir de représenter un huis-clos par un autobus permet de faire advenir des évènements de l'extérieur puisqu'il est en mouvement. Ainsi, le montant d'une vitre, sur le côté est projeté à l'avant du bus pour nous montrer les passagers collés sur elle afin d’épier le conducteur sorti acheter du pain. Le bus sur scène est représenté par ce qui ressemble à la carcasse d'un omnibus. Le véhicule est présenté de biais. Le sol est incliné vers le public. Cette disposition nous offre une perspective avantageuse sur l'intérieur du bus. La structure métallique est habillée par un plancher, des chaises en bois. Le décor du bus évolue au fur et à mesure des péripéties. Comme les personnages qui prennent des coups, le bus subit les à-coups du conducteur.

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          Le huis clos est en réalité totalement ouvert et les passagers seraient libres de descendre à chaque arrêt, mais ils sont bien trop entêtés pour le faire. À l'image du bus entièrement transparent, les personnages deviennent suspicieux et exigent de la clarté sur toute chose, y compris sur l'étui du violoncelle. Même le violoncelle est transparent, son armature en bois absente révèle un squelette en métal. Seul le lieu du pouvoir reste caché aux yeux de tous.

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          L'Autobus est une comédie politique aux accents tragiques parfaitement réussie. Elle allie le jeu expressif des comédiens à un décor unique mais très riche parce qu’il évolue et se métamorphose. La lumière créé des ambiances différentes. Les comiques de caractère sont poussés à la limite de la caricature.

  Photo : Laurencine Lot

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