Le Dur désir de durer

Le Monfort

  • Date Du 23 janvier au 17 février 2018.
  • Troupe Théâtre Dromesko
  • conception, mise en scène et scénographie Igor et Lily
  • Textes Guillaume Durieux
  • jeu / danse Lily, Igor, Guillaume Durieux, Violeta Todό-González, Florent Hamon, Zina Gonin-Lavina, Revaz Matchabeli, Olivier Gauducheau, Jeanne Vallauri
  • interprétation musicale Revaz Matchabeli (violoncelle), Lily (chant), Igor (accordéon)
  • construction décor Philippe Cottais
  • costumes / lumière Cissou Winling / Fanny Gonin
  • régie plateau Olivier Gauducheau
  • création son / régie son Philippe Tivilliers / Morgan Romagny
  • création et régie lumière Fanny Gonin
dur désir de durer

Presque quatre ans après avoir monté Le jour du grand jour, le théâtre Dromesko revient avec une nouvelle création : Le dur désir de durer. Sous le chapiteau bondé du Monfort se joue pendant 1h30 un spectacle forain à la fois poétique et étonnant.

 

Un spectacle carnavalesque

Le premier rideau s’ouvre par deux mains mécaniques pendant que la musique de la semaine sainte de Séville,  retentit pour faire place à une première procession : un autel surmonté d’une étrange vierge portée par huit paires de pieds apparaît lentement sur scène, à la fois grotesque et majestueux. Le décalage entre le caractère sacré de l’image et sa mise en scène parodique fait rire la salle. Le rire se déploie davantage lorsque les porteurs invisibles se révèlent être des créatures informes à quatre pieds, rappelant les fous du carnaval. Ces derniers se mettent alors à danser pendant que la vierge chante un tango accompagné de trois musiciens. Dès cette première scène, le ton est donné : si Le Dur désir de durer veut parler de la mort, il le fera de façon joyeuse, renversant les valeurs dans un grand éclat de rire carnavalesque : « Il faudra bien que je m’applique à mourir vivant », dit ainsi un des comédiens à la scène suivante.

 

Du mouvement et de l’immobilité

Les scènes s’enchainent les unes après les autres, dressant chacune un tableau différent. Pour un spectacle qui parle de « durer », tout n’est pourtant que mouvement et passage : la scène ne cesse d’être traversée par les comédiens, les musiciens ou les danseurs. Comme lors de cette scène où les comédiens imitent la foule qui sort des théâtres et qui se heurte au seul personnage qui tente de rester pour créer du lien avec ces autres qui marchent trop vite pour lui. De même, on retiendra cette très belle scène de vent qui fait penser au premier poème du recueil Du mouvement et de l’immobilité de Douve d’Yves Bonnefoy : « Je te voyais courir sur les terrasses / Je te voyais lutter contre le vent / Le froid saignait sur tes lèves ». Comme dans le poème, les personnages luttent contre ces bourrasques qui tentent de les pousser hors de la scène. Ils luttent pour rester là, malgré le mouvement qui les emporte, créant ainsi une belle métaphore de la vie.

 

La poésie de la mort

Nous venons d’évoquer la poésie d’Yves Bonnefoy, mais Le dur désir de durer reprend surtout le titre d’un livre de Paul Eluard, s’inscrivant ainsi dans une perspective littéraire forte. Or, si le spectacle n’est pas narratif, son caractère poétique lui confère sa force et sa beauté. Comme dans un recueil, chaque scène se fait poème et dévoile la mort de façon imagée. On gardera en tête l’allégorie de la mort, mi-taureau, mi-matador, aiguisant sa faux tout en sifflotant la chanson de Françoise Hardy « Tous les garçons et les filles de mon âge », devenant ainsi une figure à la fois comique et imposante. On pense encore aux trois danseuses en robe bleues, qui nous rappellent une image revisitée des trois Parques, ou à la présence majestueuse et inquiétante du marabout, à la fois danseur à plume et présage de mort. Enfin, la poésie c’est aussi de la musique, et le théâtre Dromesko ne l’oublie pas, donnant la préférence à des musiciens sur scène, comme ce violoniste jouant sur un étrange fauteuil roulant.

 

Nous ne sommes pas emplis de tristesse lorsque nous quittons le chapiteau du Monfort, mais plutôt pleins de joie de vivre. Est-ce parce que la scène finale se conclue sur un banquet où les comédiens partagent un verre de vin avec tous les spectateurs ? Ou est-ce parce que nous sommes ravis d’avoir vu un spectacle aussi riche d’esthétisme et d’émotions ? Quoi qu’il en soit, nous avons le (dur) désir de le voir durer.

 

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