La Maladie de la mort | Le Souffleur

La Maladie de la mort

Théâtre des Bouffes du Nord

  • Date Du 27 janvier au 3 février
  • Adaptation Alice Birch
  • Mise en scène Katie Mitchell
  • Actrice Laetitia Dosch
  • Acteur Nick Fletcher
  • Narratrice Irène Jacob
  • Collaboration à la mise en scène Lily McLeish
  • Réalisation vidéo Grant Gee
  • Régisseur général John Carroll
  • Régisseuse de scène Lisa Hurst
  • Régisseuse vidéo Caitlyn Russell
  • Opérateurs vidéo Nadja Krüger Sebastian Pircher
  • Coordinateur vidéo au plateau Matthew Evans
  • Régisseur son Harry Johnson
  • Perchman Joshua Trepte
  • Régisseur lumières Sébastien Combes
  • Accessoiriste Elodie Huré
  • Régisseuse plateau Marinette Jullien
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          La Maladie de la mort est un roman de Duras publié en 1982. On trouve les thèmes de prédilection de l'artiste : l’absence de sentiments, le sexe, la mélancolie. Le titre, la maladie de la mort, est le diagnostic qu’une femme fait d’un homme. Elle vient lui tenir compagnie dans sa chambre d’hôtel. Plusieurs nuits durant, elle se soumet à sa volonté. Cet homme cherche dans le corps de la femme la clé du mystère de la chair. Dans la lignée des films de Duras, India Song et Nathalie Granger spécialement écrits pour le cinéma, ou encore Le Camion, Détruire dit-elle, La femme du Gange, Katie Mitchell, la metteuse en scène, transpose le roman de Duras au théâtre. Elle envisageait d’ailleurs la mise en scène de cette œuvre.

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          Katie Mitchell insiste sur le regard. Sur scène, trois caméras et des micros sont guidés par six techniciens. Ils filment en direct et en continu ce qui se déroule sur scène. Le film est projeté sur un écran au-dessus de la chambre. Le film est en noir et blanc, certainement pour faire référence à Hiroshima mon amour écrit par Duras et monté au cinéma par Alain Resnais. Ces deux œuvres entretiennent quelques liens de parenté.

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           Dans ce roman, l’homme essaye de trouver en l'autre ce qu'il n'a jamais connu, le désir, l'amour, tous ces signes de vie. Il scrute le corps de la femme à son insu, pendant son sommeil à l'aide de son téléphone portable et capture en gros plans et en très gros plans des parties de ce corps. Les films du smartphone enrichissent le huis clos de la chambre d’hôtel parce qu’ils nous font entrer dans l’intimité du personnage guidant l’objectif. Cela fait du public un second voyeur, dans une mise en abîme.

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           Katie Mitchell semble vouloir tout exhiber dans cette mise en scène. Ce qu'on ne peut pas voir sur le plateau, l'extérieur de la chambre, la salle de bain sont montrés par des scènes filmées au préalable. Ces passages pourraient être portés par la narratrice puisqu’une femme fait la voix off sur scène depuis une petite pièce insonorisée. Elle porte la voix du narrateur extradiégétique. Un passage, notamment, est redondant avec la voix de la narratrice : elle liste les parties du corps et ils apparaissent à l'écran en même temps. Ce qui pourrait être une voix off au cinéma est, en chair et en os. Pourquoi, alors, lui voler la parole pour la remplacer par un film sans parole? Les comédiens étant filmés et enregistrés apparaissent différemment en double, à l’écran et réellement. Les voix enregistrés sont légèrement retardées par rapport aux voix réelles produisant un effet de réverbération imprévu.

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           Cependant de beaux passages filmés sont en adéquation avec le style contemplatif de Duras. La vue de la mer depuis la chambre ainsi que la vue de l'hôtel depuis la mer constituent de très beaux tableaux. D'autres sont beaucoup plus triviaux et ne s’accordent pas bien au style épuré de Duras : des scènes dans les couloirs, l'ascenseur, dans la rue surchargent la mise en scène. Une impression de saturation se dégage dans l’ostentation permanente. Le fait que tout soit filmé revient à faire des comédiens des performeurs, qui courent, bondissent d'un bout à l'autre de la chambre pour se placer sous le regard de la caméra, ou à l'inverse, se faufilent pour la contourner.

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           L’ajout du smartphone et les vidéos pornographiques que l’homme regarde sur son ordinateur permettent de mettre en valeur cette volonté de capturer le corps, de saisir ses mystères. Toutefois, l’usage de l’écran est abusif et éclipse le théâtre. Le théâtre devient alors le hors caméra, les coulisses du cinéma.

Photo de Stephen Cummiskey

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