Festen

Odéon Théâtre de l'Europe

  • Date Du 24 novembre au 22 décembre 2017
  • De Thomas Vinterberg et Morgens Rukov
  • Adaptation théâtrale Bo Hr. Hansen
  • Adaptation française Daniel Benoin
  • Mise en scène Cyril Teste
  • Avec Estelle André, Vincent Berger, Hervé Blanc, Sandy Boizard ou Marion Pelissier, Sophie Cattani, Bénédicte Guilbert, Mathias Labelle, Danièle Léon, Xavier Maly, Lou Martin-Fernet, Ludovic Molière, Catherine Morlot, Anthony Paliotti, Pierre Timaitre, Gérald Weingard et la participation de Laureline Le Bris-Cep
  • Collaboratrices artistiques Sandy Boizard, Marion Pellissier
  • Scénographie Valérie Grall
  • Illustration olfactive Francis Kurkdjian
  • Création culinaire Olivier Théron
  • Création florale Fabien Joly
  • Lumière Julien Boizard
  • Chef opérateur Nicolas Doremus
  • Montage en direct Mehdi Toutain-Lopez
  • Musique originale Nihil Bordures
festen_s-gosselin_2 (1) „Festen“ est à la fois une pièce théâtrale et cinématographique qui traite un sujet qui ne peut pas laisser indifférent le spectateur. Créée en novembre 2017 par le Collectif MxM sous la direction de Cyril Teste, l’œuvre multimédia présentée aux Ateliers Berthier de l’Odéon – Théâtre de l’Europe est choquante, bouleversante, étonnante, surprenante, compliquée et oppressante.

La salle pleine, les lumières éteintes, on plonge dans l’univers de Helge, un homme de 60 ans, le jour de son anniversaire. Il a construit une maison, une famille, une communauté, tout un univers autour de lui. Il est riche, il a des domestiques, il a plusieurs enfants et une femme qui l’aime. Tous sont réunis lors de cette soirée pour fêter l’homme de leurs vies. Le décor semble beau et parfait : la table au milieu du plateau bien dressée, un (vrai) chef en train de préparer de (vrais) plats à manger dont l’odeur délicieuse se répand dans la salle, Helge et ses fils en costard et chaussures dont la couleur et le moindre détail est choisi avec précaution, les dames en robes de soirée. La lumière est tendre et douce, de même que les paroles des personnages s’adressant au père de famille. Il y a des fleurs et on est presque capables de sentir leur parfum. On se sent bercés par les belles images diffusées sur la toile blanche tendue en haut de la scène. En effet, chaque pas, chaque mouvement est enregistré et retransmis en direct sur l’écran comme une sorte de preuve, un redoublement des actions se déroulant devant nos yeux.

Et les actions sont terribles : lors du premier discours de son fils aimé, on apprend que le père n’a pas seulement enseigné à son fils comment réussir sa vie, mais lui a plutôt donné une raison pour le mépriser, lui et sa maison. Helge a abusé sexuellement de ce fils - Christian - et de sa sœur jumelle qui a mis fin à sa vie et à sa souffrance.  C’est cette sœur qui hante la maison et le cœur de Christian en laissant des petites traces comme une petite lettre cachée derrière un miroir, comme le spectre du père d’Hamlet. C’est elle qui donne la force et le pouvoir à son frère de résister à l’indifférence et à la réticence de cette société et de la famille à croire au drame qui est en train de prendre lieu dans cette maison. La réticence s’exprime de différentes façons et d’une manière très violente jusqu’au moment où on ne peut plus ignorer les faits. La justice gagne dans cette famille en séparant les parents de leurs enfants qui peuvent enfin recommencer leur vie.

La pièce et le film sont réalisés d’une manière très réaliste : on a vraiment l’impression d’être dans le salon de la maison, dans une chambre ou bien dans une salle de bain. Tout est vrai, tout est réel. On écoute des dialogues intimes entre des amants, des frères et des sœurs, ou des époux, on voit des scènes de sexe et de la violence entre homme et femme, des corps nus ou à moitié habillés. Malgré la théâtralité du sujet, on est gagnés par l’impression que cela pourrait se dérouler dans n’importe quelle famille et n’importe quelle maison. Ce n’est pas un problème de la haute société ni, au contraire, des familles indigentes et c’est cela qui choque tant le spectateur. Combien de familles se réunissent autour du sapin lors des fêtes de Noel et jouent au bonheur en cachant tous les drames et les blessures causées d’un membre à l’autre ? Elles sont innombrables. La projection du film tourné en même temps par des comédiens souligne cet effet en nous montrant un exact double de cette famille sur l’écran, mais sous un autre angle.

Malgré les belles images et l’esthétique impeccable, la pièce est lourde, dure et elle procure un sentiment de malaise, mais elle vaut absolument être regardée !  

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