Extrêmophile

L'Echangeur

  • Date Du 1e au 7 décembre 2017
  • Mise en scène Thibault Rossigneux
  • Texte et collaboration artistique Alexandra Badea
  • Avec Samuel Churin, Katarzyna Krotki, Anthony Roullier
  • Création lumière, scénographie et effets spéciaux Thibault Rossigneux, Xavier Hollebecq
  • Création musicale Christophe Ruetsch et Jules Poucet
  • Direction technique Jules Poucet
  • Costumes Camille de Galzain
IR-Extremophile©Veronique-Lamare-I2M-TREFLE-1-600x600 Dans le monde des nouvelles technologies, le spectacle de la compagnie « Les sens des mots » devient le témoin de notre époque. Extrêmophile est un projet tout à fait transdisciplinaire enrichi par des procédés scientifiques, comme, par exemple, les capteurs thermiques mettant en évidence les émotions des interprètes par des reflets infra-rouges sur un écran au fond du plateau.

Deux événements ont marqués le texte d'Alexandra Badea. D’un côté sa rencontre avec le microbiologiste Bernard Ollivier, de l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD), de laquelle est né le premier texte, et d’autre part la perturbation des répétitions de la pièce au Festival d’Avignon, dans la cour de la résidence du Préfet de Vaucluse, par le cabinet d’un ministre accueilli au même endroit.

La pièce raconte trois histoires croisées : l’histoire  d’un chef de cabinet ministériel ambitieux et obsédé par le pouvoir, celle d’un soldat pilote de drones irresponsable et celle d’une jeune scientifique qui travaille au profit de l’industrie. Dès le début du spectacle on est plongé dans un monde obscur, non-éclairé, chaotique et simple, où les histoires s’entremêlent et les personnages se ressemblent au niveau de leurs parcours, de leurs costumes unisexes bleu foncé, de leurs mouvements et de la souffrance profonde qui nous est transmise par tous les moyens perceptibles. Tous les trois sont profondément malheureux, obligés de vivre dans des conditions qui sont mortelles pour la plupart des organismes, mais tous les trois illustrent les capacités étonnantes d’adaptation de la vie aux milieux les plus divers et les plus hostiles.

On écoute des bribes des conversations, des flux des paroles livrées sans logique et on essaie de faire des liens entre les personnages. Rien et tout est dit et on se reconnaît facilement dans chacun de ces personnages, dans ce monde hostile qui demande à ses membres d’abandonner leurs idéaux, d’oublier leurs principes et de faire tous les efforts possibles afin de se construire une vie présentable sur un CV parfait. Soyons francs, n’est-ce pas cela ce qui préoccupe la plupart entre nous ?

Le spectacle met en forme les impératifs de perfection imposés par notre société : d’une parfaite durée, le plateau d’une taille nécessaire, les décorations minimalistes, les costumes pratiques, les conversations laconiques – rien de trop ni de pas assez. La pièce semble d’être impeccable, sans coté extrême, elle prépare un beau champ de réflexion sur la société moderne avec ses enjeux tout en laissant apercevoir le drame qui se joue en arrière-plan. Bravo !

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