Les Bacchantes, Prélude pour une purge.

Nouveau Théâtre de Montreuil

  • Date 18 au 21 décembre
  • Chorégraphie Marlene Monteiro Freitas
  • Avec Cookie, Flora Détraz, Miguel Filipe, Guillaume Gardey de Soos, Johannes Krieger, Gonçalo Marques, Andreas Merk, Tomás Moital, Marlene Monteiro Freitas, Lander Patrick, Cláudio Silva, Betty Tchomanga, Yaw Tembe
  • Lumières et espace Yannick Fouassier
  • Son Tiago Cerqueira
  • Tabourets João Francisco Figueira, Luís Miguel Figueira
  • Recherches Marlene Monteiro Freitas, João Francisco Figueira
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Au Nouveau Théâtre de Montreuil, dans le cadre du festival Mesure pour mesure se joue la pièce des Bacchantes, prélude pour une purge. Ce spectacle est né en avril dernier au Teatro Nacional D.Maria II à Lisbonne. Cette pièce prend pour sujet le retour du dieu Dionysos à Thèbes, sa patrie, et la vengeance qu’il tire de ses tantes qui ont insulté sa mère Sémélé, et du roi Penthée, son cousin, qui refuse de reconnaître son culte, mais difficile de reconnaître la trame de l’histoire d’Euripide au Nouveau Théâtre de Montreuil.

Nous sommes accueillis dès les escaliers pour rentrer dans la salle par une fanfare de cinq trompettes. Les comédiens nous attendent déjà en jeu sur le plateau. Des habits blancs, des K-way et gants en plastiques, tous plongés dans des états psychiques singuliers, cette entrée en matière fait indéniablement penser à un hôpital psychiatrique.
Entre la danse et le défilé militaire, le rythme est au coeur du spectacle et ici, on fait musique de tout : de manière conventionnelle par les trompettes et le PAD électronique en fond de scène, ou plus créative, en valdinguant pupitres, enceintes ou tabourets, enfin on produit tous les sons possibles avec le merveilleux instrument qu’est notre bouche.
Les bacchantes sont un prétexte pour le jeu, on s’amuse des bizarreries, ils explorent les possibles. Les personnages vivent de la musique qui s’étirent tantôt reggae, oriental, électro, métal ou même classique avec ce Boléro de Ravel final qui nous plonge dans une transe sonore et accouche d’organismes vivants et robotiques répétant leurs mouvements. Le mythe de l’homme-machine excité de la cafetière nous accompagne tout au long du spectacle. Ces automates suivent une logique qui leur est propre, déconnecté du réel, comme si on les avait programmés pour cette action sans but et sans sens. Le parallèle à notre société d’aliénés au bord de la folie est pour le moins suggéré. Ces monstres scéniques évoluent, donnent naissance à d’autres mouvements dont l’acteur en traverse les émotions. À des périodes de grand bordel cacophonique se succèdent quelques gracieux instants de calmes où l’intensité se fait ressentir à la respiration en chœur d’un Desafinado de Joao Gilberto.
Tantôt en individualité, tantôt en chœur plongés dans une transe bacchanale le comédien devient un corps qui exprime ce qu’il traverse, traverse ce qu’il exprime, se purge en nous purgeant. La machine à fumée, les ventilateurs, la musique très forte donnent un effet épique à ce remue-ménage.
La metteure en scène Marlene Monteiro Freitas aime « quand une œuvre est pleine, compacte, tendue, liée », c’est effectivement ce qu’elle nous présente sur scène. Tous les comédiens sont toujours dans l’action et la représentation propose toujours une vue éclatée de la scène où le spectateur pioche selon ses envies à droite à gauche. L’animalité, les émotions, le trouble, la frustration et l’étrangeté sont des concepts qui traversent ce spectacle.
Ces artistes nous rendent un travail pluriel, foisonnant presque pullulant auquel la signification reste à être défini par le spectateur puisque ainsi mis en échos avec les rituels dyonisiaques, le spectacle est un laboratoire de recherche sur la jonction d’états, de tensions sur un plan d’avantage sensuel que dans la perspective de sens d’une trame dramatique.

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