Gênes 012.

Théâtre de Vanves

  • Date Le 1 février 2012
  • Mise en scène Julien Gosselin
  • Avec Guillaume Bachelé, Antoine Ferron, Noémie Gantier, Alexandre Lecroc, Victoria Quesnel, Tiphaine Raffier
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Gênes 01 : ça ressemble un peu à un roman de SF, ou un film de George Lucas… Ou à un roman d’anticipation à la 1984 de George Orwell.
Mais non, Gênes 01 est un texte engagé, une pièce de Fausto Paravidino relatant par la voix des manifestants, des évènements qui ontbel et mal eu lieu. Gênes 01, c’est un nom de code pour le sommet du G8 en 2001 qui s’est déroulé à Gênes, en Italie. Tout cela a eu lieu avant le 11 Septembre, avant les crises financières, avant Fukushima, avant les attentats de Londres, la Guerre en Afghanistan et celle d’Irak. Et pourtant, ce texte est d’une criante actualité. Pour la mettre en scène et en corps, 3 jeunes femmes et 3 jeunes hommes, des tables, un écran et un espace musical dans un coin de la scène.

Distance à sons

Dès notre arrivée, c’est la musique qui nous accueille, avec un jeune homme une perruque qui chante tant bien que mal des classiques des années 1990. La musique sera alors le moteur de la pièce, au sens où c’est elle qui va structurer les différentes parties du récit pris en charge collectivement. Les intermèdes entre les actes relève d’un comique de l’absurde assez déroutant, frôlant parfois le joyeux bordel. Mais ces coupures dans le texte posent des parenthèses impromptues de décompression pour l’acteur, nécessaires au spectateur quoique parfois attendues et vécues comme une pause dans le récit-torrent qui marque par sa violence et sa combattivité.

Parcours du combattant

La forme du récit qui nous est conté se rapproche de celle d’un journal de bord des évènements de ce fameux G8 de Gênes. C’est une parole complexe, entre celle d’un collectif, des paraboles en langues étrangères relatant des dialogues entre les politiques et les manifestants, des extraits de journaux télévisés etc… et celle d’un point de vue postérieur à tous ces évènements, qui les content par besoin et nécessité. Le jeu de ces jeunes acteurs est en force permanente, en combat, en corps qui paraissent souffrir sous l’intensité des évènements qu’ils racontent. La frontière pour le spectateur est alors étrange, entre la volonté de suivre les évènements et la fatigue ressentie de ces corps conteurs du chaos. L’énergie du combat, quasi permanente des comédiens devient éprouvante, malgré sa nécessité, et ce qui semble poser problème c’est justement l’épure, la distance posée par des procédés dramaturgiques et scénographiques.

Les comédiens évoluent dans un espace neutre, qui est celui de la scène nue et du théâtre en lui-même, avec ses ascenseurs, ces murs (dont un sert d’espace de projection, d’indicateur d’actes et d’écran de surtitrage)… Jouer dans le réel du théâtre, et faire du théâtre avec le réel : une belle idée. Et ce jeune collectif y parvient avec une dextérité et une énergie qui témoigne d’une grande écoute de groupe. Ils construisent eux même l’espace de jeu, limitent et délimitent les possibilités du plateau avec des chaises et des tables, selon le passage raconté. Malgré cet aspect mouvant du plateau, les comédiens semblent alors extrêmement fixés et bloqués par cette épure et cette mise à nue. Peut-être pour traduire cette réalité transmise par le texte, pour laisser un espace d’imagination pour le spectateur, ou encore pour ne pas colorer une histoire d’un ton accablé… et ainsi la laisser transparente à la vue et la rendre noire dans les souvenirs. La proposition de mise en scène de la dernière partie, qui est reconnue au théâtre mais toujours étrange à vivre en tant que spectateur, oublie le combat des mots pour laisser place à la fois au poids de l’histoire et de l’horreur, mais également à l’imagination du spectateur. Ce dernier est alors dans une posture déroutante, celle d’une fixité des choix de mise en scène et d’une distanciation qui pourrait l’éloigner du texte et de l’histoire ; mais également celle de la découverte et de l’incertitude face à ce qui va se passer ensuite, témoignant d’une inventivité de mise en scène et d’une prise en charge savamment orchestrée du plateau.

Pour son énergie incroyable, sa rigueur scénique minutieuse, sa volonté de faire parler le passé pour éclairer le présent, le collectif Si vous pouviez lécher mon cœur est un groupe à suivre. Aucun doute qu’il prendra la scène à bras le cœur pour nous emmener… Où ? On ne sait pas, mais nous sommes curieux de faire le voyage avec eux.

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