Les Trois Soeurs

Odéon Théâtre de l'Europe

  • Date Du 10 novembre au 22 décembre 2017
  • De Simon Stone
  • d'après Anton Tchekhov
  • Avec Jean-Baptiste Anoumon, Assaad Bouab, Eric Caravaca, Amira Casar, Servane Ducorps, Eloise Mignon, Laurent Papot, Fréderic Pierrot, Céline Sallette, Assane Timbo, Thibault Vincon
  • Traduction francaise Robin Ormond
  • Décors Lizzie Clachan
  • Costumes Mal Page
  • Musique Stefan Gregory
  • Lumière Cornelius Hunziker
trois-soeurs_stone_depagne_1

            Récemment, la pièce de Tchekhov « Les trois sœurs » est programmée au moins une fois par an dans les théâtres parisiens. Qu’est-ce qui la rend si actuelle ? Sûrement, parce qu’elle se déroule dans le temps présent. En effet, Tchekhov indiquait pour toutes ses pièces qu’elles se situaient dans le présent. Simon Stone, le metteur en scène suisse d’origine australienne, le prend au mot. Ainsi, les dialogues sont entièrement récrits en langage contemporain, les costumes sont sortis des pages lifestyle sur instagram, et si les comédiens sont beaux, ce sont aussi « des gens normaux, avec tous leurs défauts, tandis qu’ils se bagarrent dans la vie et s’accrochent à tous les contacts humains imaginables, simplement pour survivre » (Simon Stone).

-

       La pièce se déroule dans une maison, à la campagne, où la famille et les amis de la famille se retrouvent. Au centre de l’action se trouvent trois sœurs Olga, Macha et Irina. D’âge différent, elles représentent les différents stades de la vie. Olga, la femme d’une quarantaine d’années, célibataire, semble bien gérer sa propre vie et la vie de sa famille. Macha, une trentenaire, a fait un mariage qui la rend malheureuse à et cherche une aventure avec un autre homme, lui aussi marié. Elle veut changer sa vie de façon radicale : c’est « maintenant ou jamais », mais elle ne trouve pas le bonheur et l’harmonie qu’elle recherche tant. Irina est la plus jeune, elle a toute la vie devant elle et tous ces problèmes d’amour et de relations lui semblent futiles. Elle veut voyager, elle veut explorer la vie, elle ne veut pas s’installer comme ses deux sœurs. Cette trinité crée un certain équilibre et ce sont elles qui tiennent la maison, qui s’occupent des amis et des autres membres de la famille, qui créent l’ambiance et le bien-être de leur entourage.

-

        La maison sur le plateau est particulièrement remarquable. C’est une vraie maison de deux étages avec un salon, des pièces, une douche et un WC. Elle tourne sur le plateau et le spectateur observe la vie de la maison à travers les grandes fenêtres. On peut les entendre grâce aux microphones que portent tous les comédiens qui s’allument dans une pièce et s’éteignent dans une autre. Les voix des personnages sont tellement belles qu’on veut les écouter encore et encore, même s’ils parlent des choses banales du quotidien. La pièce est très pauvre en événements, mais ces voix nous envoûtent.

-

        Il faudrait peut-être mentionner aussi le féminisme de cette pièce. Pour Tchekhov, les trois sœurs étaient le symbole du féminisme. La pièce a été écrite quand l’Europe occidentale était beaucoup plus conservatrice et moins ouverte que la Russie – ce qui est l’inverse aujourd’hui. Toutefois, Simon Stone a effacé cette connotation féministe : ce sont des femmes, juste des femmes modernes et émancipées. Elles n’ont plus besoin de prouver leur place dans la société, au moins, par rapport aux hommes. Peut-être est-ce également le reflet du nouveau présent ?

-

        La pièce est tellement fluide qu’on ne voit pas le temps passer et qu’on regrette qu’après 2,5 heures il faille quitter son confortable fauteuil en velours rouge destiné à nous laisser regarder des gens normaux évoluer dans leur vie quasi – quotidienne et dessiner leurs histoires dans notre imagination. L’une des meilleures pièces du moment.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *