MODULES DADA

Nouveau Théâtre de Montreuil

  • Date Du 12 au 15 décembre
  • Mise en scène Alexis Forestier
  • Comédiens Clara Bonnet, Jean-François Favreau, Alexis Forestier, Itto Mehdaoui, Barnabé Perrotey
  • Son Jean-François Thomelin
  • Lumière Perrine Cado
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Du 12 au 15 décembre, à l’occasion du festival Mesure pour mesure, se joue Modules Dada qui, par le biais d’une création atypique, amène les spectateurs à découvrir la richesse de l’inventivité formelle du dadaïsme.

 

2h30 de dadaïsme, le mouvement artistique qui bouleversa le XXe siècle. Voilà le programme de Modules Dada, une pièce politico-théatro-musicale sur laquelle on peine à poser une étiquette claire. Sorte d’Ovni artistique non identifié et expérimental, l’œuvre conjugue plusieurs dimensions.
Dans une première partie, on identifie d’abord sa visée pédagogique. Les uns après les autres, les cinq comédiens s’attardent à nous expliquer tambour battant, non sans un brin d’ironie, le contexte social au sein duquel a émergé le mouvement : le désastre de la Première guerre mondiale. En les écoutant, on replonge dans nos livres d’histoire de Terminale : le jeu des alliances stratégiques et intéressées, les invasions successives, la course aux armements, la boucherie des tranchées, la découverte du nucléaire, etc. On comprend que le dadaïsme n’est pas né de rien mais répond aux interrogations et inquiétudes d’une époque plus que secouée et meurtrie. Pour éviter que le spectateur s’emmêle les pinceaux, la pièce suit tout bonnement une construction chronologique. Dans une étonnante et cocasse scène jouée dans les dernières minutes, en guise apparemment de prologue, il sera question de l’héritage du dadaïsme. La pensée du philosophe français, Henri Lefebvre y est longuement évoquée.
Heureusement, la pièce ne ressemble pas à une longue et ennuyeuse conférence universitaire au sujet du dadaïsme et de sa puissance subversive irréductible. La musique irrigue l’ensemble de la création. En un claquement de doigts, les comédiens endossent le costume de chanteurs ou de très bons musicos. D’ailleurs, le jeu de la comédienne, Itto Mehdaoui, qui chante en allemand, est saisissant. Ingénieusement pensée, la playlist, qui joue subtilement avec nos émotions, se veut éclectique (musique industrielle bruitiste, percussions, punk rock, concrète, etc.) Pour info, la Compagnie Les endimanchés, qui produit Modules dada, est d’abord un groupe de musique, proche de Bérurier noir dont a fait partie, en tant que musicien, Alexis Forestier, le metteur en scène et directeur artistique de la compagnie théâtrale.
Côté mise en scène, l’ex-étudiant en architecture opte pour des courts modules indépendants. En bref, il s’agit de tableaux aussi rapides qu’esthétiques, composés notamment de jeux de lumière étonnants, qui s’enchaînent dans une cadence folle, traduisant peut-être une époque où les bonnes idées ne jaillissent que dans l’urgence, autour d’une bière le soir plutôt que devant un café en pleine journée. Les accessoires, que l’on retrouve au sein des modules indépendants, sont des petites pépites d’ingéniosité et de créativité. On apprécie notamment le banc blanc dont il ne reste que l’armature en métal qui roule ainsi que les nombreux tuyaux qui crachent de la fumée.
La capacité du mouvement dada à réinventer le réel est encore valable aujourd’hui. Une histoire du dadaïsme, aussi intéressante soit-elle, paraît quelquefois d’un autre temps. Lors du spectacle, on aurait apprécié voir émerger un lien plus direct et frappant avec notre monde moderne. Henri Lefebvre répondait à Tristant Tzara lui demandant s’il ramassait les morceaux du monde cassés par les Dadaïstes : je finis « de les écraser ». Cet élan jouissif de destruction créatrice, Alexis Forestier ne le permet que dans la deuxième partie du spectacle après l’entracte. Dommage.

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