L’Opium du pouvoir

L'Etoile du Nord Théâtre

  • Date Du 18 novembre au 2 décembre 2017
  • Collectif TDM
  • Mise en scène Sarah Gerber
  • Jeu Matej Hofmann
  • Interprétation musicale Pierre-Marie Braye-Weppe
  • Création Lumières Raphaël Auger
  • Régie lumière et son Loeiz Perreux, Raphaël Auger
  • Assistante à la mise en scène Lola Felouzis
171205 LOpium-du-Pouvoir

Seul en scène et face au public dès son entrée, un homme fume adossé à une table, chemise ouverte, marcel et slip. Il fait des volutes de fumée et scrute le public qui devient ainsi l’auditoire des idées et revendications de ce personnage obscur de l’histoire qu’est Ryszard Siwiec. Ce comptable polonais s’est immolé par le feu dans un stade de Varsovie pour protester contre l’entrée des chars soviétiques à Prague en 1968. L’acteur, Matej Hofmann, interroge l’ironie de l’histoire qui a totalement occulté le destin tragique de cet homme pendant des décennies, tandis que Jan Palach, étudiant tchécoslovaque qui s’est lui aussi immolé par le feu quelques mois plus tard à Prague, est devenu le martyr du printemps de Prague.

 

La police politique de la République populaire de Pologne fit passer le suicide de Ryszard Siwiec – en pleine fête nationale et face à la tribune des dignitaires du parti communiste – pour un malheureux accident. Elle fit disparaître les cassettes que Siwiec avait laissé en guise de testament revendiquant son geste. C’est ce matériau dramaturgique unique, qui ne réapparut des archives qu’à la fin du régime, qu’exploite le Collectif TDM, mettant à jour la violence d’un régime qui a poussé un homme ordinaire à s’infliger le sacrifice le plus extrême. C’est une plongée dans l’introspection d’un anti-héros et à ses pensées noires, sa petitesse et son impuissance face au Parti et à sa condition. L’on découvre ainsi la gestation de la révolte d’un homme.

 

Sans qu’on y prenne garde, l’acteur s’habille, tout en continuant de nous faire entendre la rage de Siwiec. Il s’assoit alors derrière la table, abandonne l’enregistreur, et se transforme en cadre du parti, nous donnant à entendre les discours de Wladyslaw Gomulka, leader de la République Populaire de Pologne. C’est toute l’idéologie d’un régime implacable qui se fait alors entendre. L’on se retrouve ensuite dans les luttes ouvrières des Etats-Unis de la fin du 19ème siècle avec les propos d’August Spies, journaliste et militant anarchiste qui fut condamné à mort suite aux altercations entre ouvriers et policiers à Chicago en 1886 qui est à l’origine de la fête des travailleurs du 1er mai.

 

Le Collectif TDM se définit comme un chantier de création théâtrale et d’expérimentation artistique. Sarah Gerber à la mise en scène et Matej Hofmann seul en scène forment un duo acteur-metteur en scène franco-tchèque qui prend à bras le corps le projet de recherche qui convoque les discours de Che Guevara, Ryszard Siwiec, Wladyslaw Gomulka et August Spies. Au risque de perdre parfois le spectateur, le collectif TDM engage un vrai travail de recherche sur le rapport de l’homme au pouvoir.

 

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