Le langage des cravates

Théâtre de Belleville

  • Date Du 6 novembre au 19 décembre
  • Texte et mise en scène Sophie Grazel
  • Comédiens et comédienne Matthieu Beaudin, Pablo Contestabile et Véronic Joly
  • Création lumières Pierre Montessuit
  • Création sonore et "fausses pubs" Antoine Banville et Nicolas Fogel
  • Régie son Fabien Vandroy
cravate

Une fois  passée l’annonce de bien vouloir éteindre les téléphones portables, le spectateur fait face à une salle d’attente blanche, aseptisée, rehaussée d’une plante verte sur le bord de scène à droite, de quelques prospectus soigneusement disposés sur une table et d’une corbeille à papier. Comme un DRH consciencieux, nous guettons alors l’entrée en scène des premiers candidats.

 

La première à pousser la porte ne porte pas de cravate, mais une jupe de tailleur,  une veste un peu trop étroite, et des lunettes. Elle est vêtue du costume de la bonne élève, si ce n’est une mèche qui n’a de cesse de lui tomber devant les yeux.

 

Le deuxième à entrer est Raoul, en costume et une mallette à la main. Il porte bien une cravate, même qu’elle est faite au Japon et qu’elle dispose de nombreuses fonctionnalités insoupçonnées.

 

Enfin, le dernier venu sera Estéban (appuyez bien sur la syllabe centrale), plus décontracté, la chemise légèrement ouverte, sans même de nœud papillon.

 

S’enchainent alors une série de gags burlesques, où le corps et les bégaiements volent la vedette aux mots, excepté lors de la grande tirade récitée à toute vitesse par Mathieu Beaudin. La pièce est également ponctuée de pubs radiophoniques ironiques et mordantes, qui incitent par exemple la Direction à mieux surveiller la santé de leurs salariés pour moins payer la mutuelle. Comme le déclare l’auteure, Sophie Gazel, « Les personnages n’ont pas une histoire à nous raconter mais de situations en situations ils nous racontent notre monde. Il est essentiel pour moi de privilégier un théâtre métaphorique et stylise pour éviter la direction du théâtre sociologique, psychologique et naturaliste ». Finalement, le langage des cravates nous interroge tant sur le langage lui-même que sur le monde du travail.

 

En effet, la pièce illustre bien les défauts de l’ère travailleuse moderne : la compétition, l’égoïsme, la déshumanisation. Le blanc de la salle prend alors des nuances d’hôpital, le comique devient grinçant et le spectateur rit jaune devant les candidats poussés à la folie par un DRH à qui il faut plaire à tout prix.

 

Sophie Gazel réussit donc le pari de créer une pièce drôle et rafraichissante (preuve à l’appui des rires dans la salle), qui nous détend après une longue journée de travail, mais qui nous donne moins envie d’y retourner le lendemain !

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