Delta Charlie Delta

Editions Espaces 34

  • Date de publication : 2016
  • Auteur Michel Simonot
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                 Cette pièce est inspirée d’un fait divers survenu dans le 93 le 27 Octobre 2005. Est fait le procès de policiers qui, un soir ont poursuivi trois adolescents soupçonnés de vol jusqu’à une centrale électrique. Cette traque, qui n’avait pas lieu d’être en définitive, a coûté la vie à deux de ces adolescents. Il n’y pas de découpage en actes, mais la diégèse s’organise plutôt en chapitres. En parallèle, la distribution de la parole est brouillée. Il y a morcellement des voix et une rhapsodie tout au long la pièce et en particulier lorsque des avis cyniques fusent de toutes parts, on imagine qu’ils émaneraient de différentes enceintes. Une voix surplombe la pièce, le chroniqueur. Ce personnage fait office de coryphée, seul membre du chœur, qu’il reste aujourd’hui, comme il ne restera plus qu’un adolescent dans ce chœur, à la fin de la pièce. Le chroniqueur, s’il narre, est-il un personnage ou une voix sans présence physique, comme un narrateur omniscient dans un roman ? Dans le mot même « chroniqueur », sonne le temps, le battement des coeurs qui rythmaient la vie, et les nombreuses mentions de l’heure, des jours, des dates dans toute la pièce. Le chroniqueur fait l’autopsie d’un fait divers, l’autopsie c’est également la contemplation de la déesse électricité et de sa puissance dévastatrice. Sont mis en parallèle le procès des forces de l’ordre et la poursuite qui se déroule à nouveau.

 

         L’évocation fictionnelle des paroles, des souvenirs des défunts les fait revivre, dans leurs voix, s’élève une parole poétique qui emprunte à la grandeur des personnages tragiques. En lisant l’histoire au prisme de la mythologie, l’électricité est ce qu’il reste aujourd’hui de la trace de l’intervention des dieux. Ce n’est plus le « Deus ex machina » : la venue d’un dieu grâce aux machines de théâtre pour sauver les personnages d’une situation désespérée. Lui succède ici La fée Electricité de Dufy, autrement dit la bonne fée se transforme en véritable sorcière, ou en un dieu colérique qui lance un éclair et intime le silence, la mort. Dans la construction de la pièce en six parties : « on court », « électrocution », « décharges », « 40 minutes », « combustion », « survivant » est dressée une fresque « maléfique » de l’électricité.

 

        Le titre de la pièce Delta Charlie Delta est un code entre les pompiers pour que l’information ne soit pas divulgée. Les initiales du code « DCD », font sonner le mot « décédé », euphémisme de « mort » (les parentheses ne vont pas dans cette phrase). Par ce titre énigmatique, Michel Simonot lève le voile sur un fait divers. Ces trois lettres forment un nouveau triangle des Bermudes, cette centrale électrique, lieu périlleux où les adolescents s’aventurent et sont pris comme dans un étau.

 

          La police poursuit sans le savoir des adolescents, des presque « infans », ceux qui ne parlent pas, ceux à qui on ne donne pas la parole. Ceux à qui on ne parle pas parce qu’on pense qu’ils ne peuvent pas comprendre. Les forces de l’ordre, ont souvent cette même attitude condescendante envers les enfants et celle-ci est doublée puisque ce sont des enfants et des suspects. Chaque groupe poursuit son idée, celle de la fuite ou celle de la traque, en miroir, se complètent, ils ne savent pas après qui ils courent ni après quoi.

 

Page 81 :

 

« VOIX DES TROIS ENFANTS

dans 40 minutes deux d’entre nous seront morts

qui nous voit ?

nous sommes à l’intérieur

au fond dedans

contenus par trois mètres d’enceintes

tendus de trop d’énergie

de foot de faim de fuite

 

nous sommes au début de l’histoire

on sortira pour un pays plus clément comme les hirondelles

 

on se tait

le silence ricoche

se blesse au ciment se brise aux parois

éclate

vers le ciel

sans écho

pierre béton acier portes cadenassées

marteler frapper cogner

qui va se taire le plus fort ? »

 

Ouvrage soutenu par la SACD.

Lecture de Justine Simonot le 23 novembre 2017 à 19h30 au théâtre des Métallos avant la résidence au Théâtre Paris Villette en début 2018, puis la création au Théâtre L’Echangeur, à Bagnolet, en mai 2018.

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