Projection privée

Le Lucernaire

  • Date du 18 octobre au 9 décembre 2017
  • de Rémi de Vos
  • Mise en scène Michel Burstin
  • avec Bruno Rochette, Sylvie Rolland, Elsa Tauveron
  • Décor Philippe Calmon
  • Costumes Elise Guillou
  • Lumière et son Olivier Mandrin
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Enfin ! Une pièce qui ne parle pas d’amour, mais de notre société technicienne et numérique, marquée par l’usage augmenté des mass média – la source principale d’information et de distraction : la « Projection Privée » de Rémi de Vos, mise en scène par Michel Burstin.

Après avoir monté plusieurs escaliers en colimaçons, on arrive dans une cozy salle-chambre sous une lumière diffuse. Une femme au regard figé est installée dans un canapé, elle ne nous regarde pas, mais semble concentrée. Elle est en train de regarder une télé. Comme tout le reste du décor modeste, la télé est imaginaire.

La femme, comment est-elle ? C’est une femme dans sa quarantaine, bien soignée, habillée en robe à fleurs sur le fond noir, aux jambes nues. Elle est mariée – on l’apprend quelques instants plus tard – et elle regarde la télé. On ne sait pas ce qui se passe dans sa tête, pourquoi elle s’enfuit dans un monde virtuel, mais la télé joue un rôle exorbitant dans sa vie. La femme devient une partie de cet imaginaire figée dans son canapé le jour comme la nuit, sans sommeil ou une autre activité. C’est une fuite, une fuite de la vie privée et familiale mal réussie, une fuite de l’impuissance de changer la moindre chose, une fuite de l’indifférence et de l’irrespect, une fuite d’un énorme manque d’amour dans une relation à trois.

En effet, il y a un homme et une autre femme dans cette pièce : le mari et la maitresse. Ils mènent une vie tout à fait normale, plutôt sociale et ils donnent l’impression d’être bien intégrés à la société. Revenant d’une sortie en robe de soirée et en talons pour la femme et en veste cuire et un jeans pour l’homme, ils décident de passer une nuit d’amour à la maison familiale sous les yeux du public bienveillant. Est-ce que cela ne reflète pas ce qui ce passe dans la société de nos jours ? Cette société qui préfère la conformité à la rébellion, même une rébellion passive comme celle de la femme enfermée devant la télé.

Toutefois, la pièce semble présenter des problèmes existentiels propres aux classes sociales favorisées par le biais de la musique et du cinéma, comme les films de Godard par exemple. Le spectacle est absurde et surjoué. L’attachement au poste de télévision dans le monde des smartphones et des réseaux sociaux paraît également dépassé. La pièce manque d’authenticité et de naturel.

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