Swann s’inclina poliment

Théâtre de Belleville

  • Date Du 13 Sept. au 3 Dec. 2017 / du mercredi au samedi à 21H15, le dimanche à 17H
  • D’après Marcel Proust
  • Adaptation et mise en scène Nicolas Kerszenbaum
  • Composition musicale Guillaume Léglise
  • Avec Sabrina Baldassarra, Marik Renner et en alternance Gautier Boxebeld (du 11/10 au 5/11 et du 22/11 au 3/12) ou Thomas Laroppe (du 13/09 au 8/10 et du 8/11 au 19/11)
  • Les musiciens Guillaume Léglise et Jérôme Castel
  • Assistanat à la mise en scène Gautier Boxebeld et Emmanuelle Peron
  • Création lumières Nicolas Galland
  • Scénographie Louise Sari
  • Régie générale et son Laurent Legall
swann_kerszenbaum
Swann, c’est moi. C’est vous aussi public. Vous êtes fils d’un richissime financier, juif. Il en est ainsi de fait, par convention. Jeune homme, vous découvrez les joies des salons mondains et assistez à l’ambiance érudite, frivole et mielleuse des salons de la petite bourgeoisie française. Joies, si l’on veut bien car nos amis s’apparentent, et on retrouve d’ailleurs toutes les mimiques et la gestuelle, à des poules pondeuses de conversations. On y parle le latin, d’art, de politique… enfin sur tout sujet de société du moment qu’on puisse piailler.
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Ce clin d’œil aux oiseaux est amené finement par des codes vestimentaires comme la boucle d’oreille en plume de paon ou encore les épaulettes à plumes du comte, fier comme un coq. Dans toute cette basse-cour, il y a Odette, née d’une cygogne à la lueur des néons d’un jardin japonais.

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Vous, Swann, vous renoncez au but, à l’idéal, au grand destin qui semblait vous être dû. Vous supportez les satisfactions quotidiennes, les blagues de l’artiste Biche dont les autres rient à s’en décrocher la mâchoire, les non-dits et les relations tendues du salon,  le jeu de société sans queue ni tête, tout ce tumulte permanent et clownesque pour soutenir, discret et silencieux, le regard sulfureux d’Odette. À travers cette musique de salon aux voluptés particulières, il vous semble renouer avec le désir.

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Le spectacle oscille par ces moments rythmés des salons où la parole rebondit et se fige, parfois transpire un vide intérieur des personnages que l’on veut combler en jacquetant de nouveau.

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En contraste à cela, il y a la douceur de Swann et sa tranquilité, son monde intérieur est chuchoté dans un micro sur fond sonore d’un thérémine nous entraînant dans une atmosphère planante.

Il est si agréable cet instant où Swann se heurte à Odette et remet délicatement, avec tendresse, les fleurs dans le creux du manteau de la demoiselle. Mais rapidement cet amour bat de l’aile et à travers les faux airs de poète désintéressé et sensible de Swann, se cache un jaloux passionné.

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Swann se retrouve en « terra incognita », dans l’enfer de l’amour, attaché aux « douleurs que rien ne saurait amoindrir ». Quelle belle peinture du dépit amoureux que l’œuvre de Marcel Proust qui retrace avec tant d’intelligence de la naissance à la mort le « grand amour pour une femme qui ne plaisait pas », cet amour changeant, amour de vert printemps, amour pieuvre, « qui passe comme un paysage ».

Bravo aux comédiens : intelligence et finesse dans le jeu ; du nu merveilleusement amené, des instants intenses apaisés par des plages musicales.

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