Grand prix Artcena de littérature dramatique 2017

CNSAD

  • Date 9/10/17
Théâtre du Conservatoire national

C’est le lundi 9 octobre 2017, à 18h30, que le Conservatoire national supérieur d’art dramatique a ouvert les portes de son magnifique théâtre pour la remise du Grand prix Artcena de littérature dramatique et de littérature dramatique jeunesse 2017.

 

Une fois le public bien carré sur les fauteuils du théâtre, Gwénola David, la Directrice D’Artcena (le tout nouveau Centre National des arts de la rue, du cirque et du théâtre) ouvre la cérémonie, avant de laisser la parole à quelques personnalités, dont Claire Lasne Darcueil, directrice du CNSAD qui a rappelé l’importance de l’écriture dramatique dans notre paysage culturel actuel, une représentante du Ministère de la Culture, financeur des grands prix, puis aux membres de l’association Des Jeunes et des Lettres qui milite pour l’égalité des chances auprès de lycéens qui ne bénéficient pas d’une ouverture personnelle à la culture. C’est ensuite Vincent Monadé, l’actuel Président du Centre national du livre et président du jury pour cette édition 2017 qui a présenté le fonctionnement des grands prix littéraires. Robin Renucci, professeur au Conservatoire, a enfin présenté le travail de lecture réalisé pour l’occasion.

 

Quatre jeunes comédiens et comédiennes du Conservatoire montent alors sur scène afin de nous plonger dans les pièces des huit dramaturges sélectionnés.

 

Le premier texte est un extrait de la pièce Vents contraires, de Jean-René Lemoine, qui a obtenu le coup de cœur des lycéens. Il s’agit d’une rupture : Marie quitte Rodolphe. Elle n’en peut plus de cet « état d’amour » dans lequel il l’a enfermée. Elle n’en veut plus de ces trois ans de relation qui ne sont qu’un mensonge, une cérémonie rituelle qui parodie les sentiments. La pièce parle donc d’amour, ou plutôt de couple, de triangles amoureux qui se font et se défont : Marie qui abandonne Rodolphe à Marthe, Leïla qui tombe follement amoureuse de Salomé alors qu’elle aime de moins en moins Camille. L’auteur, Jean René Lemoine, a été acteur avant de se consacrer à l’écriture et à la mise en scène. Il a écrit par exemple Erzuli Dahomey ou encore Médée poème enragé. Il a déjà été récompensé plusieurs fois pour son travail littéraire et théâtral. Vents contraires est publié chez Les Solitaires Intempestifs.

 

Les comédiens nous présentent ensuite un extrait d’Une commune – Retourner l’effondrement tentative 1 de Guillaume Cayet. Lucas n’aime pas les histoires d’amour. Il préfère devenir un superhéros avec des pouvoirs. Lui, ce qu’il veut c’est créer avec ses kaplas une image, un système, et le détruire ensuite par le feu pour voir ce qu’il en reste. Plus largement, la pièce interroge le besoin d’une cré-action au sein d’un village de mineurs déserté par la jeunesse et l’emploi. Guillaume Cayet, jeune dramaturge, nous donne à lire, avec cette pièce, un théâtre politique et poétique. Une commune – Retourner l’effondrement tentative 1 est publié aux Éditions Théâtrales.

 

La lecture nous emmène ensuite dans l’univers d’ANA, ou la jeune-fille intelligente de Catherine Benhamou. Le premier extrait évoque les pensées de la jeune-femme : ouvrir la porte de l’appartement, descendre l’escalier, ouvrir la porte de l’immeuble, et prendre le métro. Saisir cette idée comme la clef des champs. Pas étonnant, lorsqu’on découvre que le mariage rime avec amer, mirage ou rage pour Ana qui a été mariée de force à 15 ans avec celui que le village appelle Tonton. Catherine Benhamou a une longue carrière de comédienne derrière elle, mais elle a également écrit de nombreuses pièces, telles que Hors-Jeu, la Douce Léna ou Lazare, qui a obtenu le Coup de cœur du public de l’Apostrophe. ANA ou la jeune fille intelligente est publié aux Éditions des femmes – Antoinette Fouque.

 

Un simple changement de lumière, des feuilles tournées sur leur pupitre, et les élèves du CNSAD nous emportent, sous une forme chorale, dans la course poursuite haletante de Delta Charlie Delta, de Michel Simonot. Un groupe de jeunes signalés par la police par quelqu’un du voisinage, plusieurs échanges radio entre les policiers à proximité et tout s’emballe. L’extrait, lu à un rythme effréné, montre à quel point un rien, une étincelle suffit pour provoquer un brasier et une situation dramatique. L’auteur nous plonge dans la traque de Zyed et Bouna, les deux adolescents de Clichy-sous-Bois morts électrocutés dans un transformateur EDF en 2005. Michel Simonot est écrivain et metteur en scène, avec une carrière riche en collaborations théâtrales et écrits pour la scène. Delta Charlie Delta est publié aux Éditions Espace 34.

 

Un monologue décrivant le vol immobile des éperviers nous plonge dans L’Odeur des arbres de Koffi Kwahulé. Shaïne observe avec émerveillement les oiseaux tout en décrivant des enfants qui jouent au rugby sur le bord de la route. Elle revient sur sa terre natale, en Afrique, pour la première fois depuis de nombreuses années. Un court extrait ne nous donne pas tout à fait le temps de situer les choses mais nous donne à entendre cette langue si particulière et poétique. Koffi Kwahulé est né en Côte d’Ivoire, formé à Abidjan et à Paris et a publié une trentaine de pièces de théâtre. L’Odeur des arbres est publié aux Éditions Théâtrales.

 

L’on découvre alors Poussière(s) de Caroline Stella. Poussière est une adolescente qui se prépare à quitter la maison, valise en main, pour découvrir le monde. Il y a Simon, le meunier qui l’encourage et qui lui voue une attention toute amoureuse et la figure du père, protecteur et castrateur qui empêche Poussière de lancer son aventure hors du moulin où ils vivent. Ce texte nous évoque l’École des femmes de Molière ou encore Des couteaux dans les poules de David Harrower, il s’agit bel et bien d’un parcours initiatique à l’écriture enjouée. Caroline Stella est comédienne et auteure dramatique, Poussière(s) est sa première pièce publiée, aux Éditions Espace 34.

 

Mon chien-dieu de Douna Loup est le coup de cœur jeunesse des lycéens de l’association Des Jeunes et des Lettres. Ce texte de théâtre jeunesse interroge

 

toutes les problématiques qu’on se pose petit et même encore adulte : « Est-ce qu’on a le droit d’entrer dans la chambre de Papi alors qu’il est à l’hôpital ? Il a quoi, Fadi, dans la tête ? Et Zora, elle a quoi ? Pourquoi se rencontrent-ils, ces deux-là ? Ils ont quelques choses à faire ensemble ? Ils vont tomber amoureux ? […] C’est vraiment un dieu, ce chien ? Dieu de quoi ? Est-ce qu’on peut mourir et revivre ? » Douna Loup, auteur francophone née en Suisse, a une longue histoire avec l’écriture. Elle alterne entre les romans, dont L’embrasure en 2010, et les pièces de théâtre comme Ventrosoleil en 2014. Mon chien-Dieu est publié aux éditions Les Solitaires Intempestifs. La pièce sera jouée à Genève et à Lausanne par le metteur en scène Joan Mompart en avril et mai 2017.

C’est Les Discours de Rosemarie de Dominique Richard qui viennent clore cette soirée théâtrale. Un monologue haut en couleurs et incarné à un rythme endiablé pour notre plus grand bonheur par l’une des comédiennes. Rosemarie souhaite devenir déléguée de classe et surtout battre à plate coutures sa rivale Géraldine. Elle nous donne à voir son stratagème diabolique et finement pensé pour mener à bien sa campagne politique résolument d’actualité. Après des études de philosophie et de théâtre, Dominique Richard est l’auteur d’une douzaine de pièces de théâtre. Les Discours de Rosemarie fait partie de l’une des six pièces de « La Saga de Grosse Patate » et est publié aux Éditions Théâtrales.

 

C’est L’Odeur des arbres de Koffi Kwahulé (Éditions Théâtrales) et Les Discours de Rosemarie de Dominique Richard (Éditions Théâtrales) qui remportent respectivement le grand prix de littérature dramatique et de littérature dramatique jeunesse 2017. Pierre Banos, directeur des Éditions Théâtrales, a représenté Koffi Kwahulé. Dominique Richard, quant à lui, a été fidèle à son écriture drôle et grinçante dans un discours de remerciements où il évoque le parcours pas toujours si simple d’auteur dramatique, avec notamment une grand-mère d’élève qui, lors d’un atelier scolaire, ne menaçait pas moins de brûler une de ses pièces de théâtre !

 

Vous pourrez retrouver tout bientôt au Souffleur des interviews des lauréats ainsi que des chroniques de chacune des pièces finalistes dans notre rubrique Théâtre à Lire ! Chronique écrite avec Davi Juca

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *