Art

Théâtre de la Bastille

  • Date du 2 au 30 juin 2017
  • Texte Yasmina Reza
  • Mise en scène tg STAN & Dood Paard
  • De et avec Kuno Baker, Gillis Biesheuvel, Frank Vercruyssen
  • Costumes An d'Huys
  • Lumières et son Julian Maiwald
  • Régisseur Bastille Eric da Garça Neves
  • Coproduction STAN & Dood Paard
  • Avec le soutien de l'Ambassade du Royaume des Pays-Bas
Art

ART est une pièce écrite par Yasmina Resa. Le texte a été mis en scène en 1994 par Patrice Kerbrat et joué par Pierre Vaneck, Fabrice Luchini et Pierre Arditi. Ce fut un franc succès, ils remportèrent deux Molières. Depuis, le texte a été traduit en 35 langues ; l’éloge n’est donc plus à faire sur sa qualité dramatique.

 

Le TG Stan et Dood Paard ont propulsé cette pièce du salon bourgeois des années 1990 à un no man’s land, un plateau vierge à la manière de Dogville de Lars von trier. Ce boulevard se loge dans un théâtre d’une grande absurdité/modernité. Et c’est bien là le brio de ces acteurs belges, tout s’enchaîne avec une fluidité déconcertante. Leur manière d’habiter la scène rend compte de leur manière de travailler. La liberté, prise à l’égard du texte, permet aux comédiens de nous prendre à partie dans les dialogues. La qualité du jeu rend les coupes improvisées dans le texte insondables.

 

Un plateau nu dont le décor, en boîte, nous est livré par des déménageurs. Tels des techniciens, les personnages/acteurs déballent, au sens propre comme au figuré, ce « théâtre en boîte ». La scénographie se fait attendre, elle prendra vie au fil de la pièce. Cette boîte, cette fameuse, contenant l’objet du litige…

 

Serge achète à prix d’or un tableau – blanc – qui va créer la discorde entre lui et son ami Marc. Yvan joue le médiateur, essayant d’arrondir les angles. A partir de ce désaccord naît la trame narrative, qui aboutira à la crise. Cela ouvre la question de la valeur de l’art moderne et contemporain. N’est-il que concept, que cotation ? Qu’est-ce qui fait qu’une œuvre devient canonique ? Est-ce que les classiques peuvent parler à tous ? Marc vous dira que non. La pièce oscille entre un ton grave et léger.

 

Les dialogues fracturent de plus en plus la situation, à la manière d’un casse-brique, jusqu’à la péricliter. Elle traite de ce qui nous lie mais aussi de ce qui nous oppose aux autres. Plus les relations se délitent, plus la scène est parsemée d’objets d’art ou sentimentaux. La scène devient un patchwork de souvenirs glanés ici ou là.

 

Le dispositif se passe en des temps parallèles. On n’est pas seulement dans le bavardage, il y a aussi toute une somme de micro-actions faites en « off », comme si le personnage s’était évanoui de la scène tout en restant physiquement présent dans la diégèse. Il est ailleurs. Chez lui, dans sa solitude, où il exécute, abstraitement et machinalement des gestes. On entre très vite dans ce pacte fictionnel. La mise en scène fait état des relations. Être seul, ensemble ou ensemble séparément.

 

Art 2

 

Quinze ans d’amitié où ils ont connu dévotion et concession. C’est le temps des reproches. Tout y est très léger, rien n’est moralisateur. On se prend d’amour pour les trois « types », véritable triangle amical des Bermudes où passent vents et marées. On sort de la sphère amoureuse pour celle de la sacro-sainte amitié, ces gens que l’on choisit mais dont on ne se rappelle plus pourquoi, et pourtant… Ces quadras en crise ont des problématiques qui nous interpellent et nous font rire de bon cœur. TG Stan et Dood Paard ne vous décevront pas. Allez donc voir par vous-mêmes !

 

Cela se passe au Théâtre de la Bastille du 2 au 30 juin.

 

Manon Fréton, chroniqueuse ponctuelle du Souffleur

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