les Oubliées

Autres théâtres

  • Date 4 mai 2017
  • Scène du Canal / Jemmapes
  • Écriture, mise en scène : Aurélie Gascuel, Camille Le Breton
  • Interprètes : Aurélie Gascuel, Camille Le Breton
  • Scénographie : Matthieu Exposito

  • Photographies : Nicolas Aliotta
  • Costumes : Pascale Rebout
  • Sons : William Nurdin
  • Assistante chorégraphe : Pascale Bruderer
  • Auteur texte : Ségolène Basso-Brusa
  • Voix off : Stephan Vera
  • Arrangements Voix off : Cyril Bianne
les oubliées

Noir.

Une voix off, grésillante, se fait entendre, plus ou moins comprendre.

Puis la lumière se lève, lentement, sur le plateau épuré, empli d’une fumée qui marque et délimite l’espace. Nous sommes en l’an 2104, l’humanité est menacée par un nuage toxique et condamnée à fuir la Terre.

Entrent deux femmes, lunettes futuriste-vintage, capuches, trenchs clairs. Elles sont en retard, le dernier départ s’est fait sans elles. Seules dans ce monde déserté elles doivent faire face à la solitude et attendre la mort, qu’elles savent irrémédiable et prochaine.

Les Oubliées, c’est l’histoire des derniers instants de ces deux femmes condamnées mais prêtes à vivre jusqu’au dernier moment.

 

 

Deuxième spectacle de la compagnie Les Petits Pois Carrés, Les Oubliées est porté par deux comédiennes pleines d’ardeur : Aurélie Gascuel (formée à la danse et au mime) et Camille Le Breton (issue du champ théâtral avant de se tourner vers le mime). Dans leurs tenues uniformes et impersonnelles, les deux jeunes femmes se détachent de toute projection genrée du modèle féminin et campent, de fait, des personnages puissants, charismatiques et mystérieux, dont la relation entre amour et amitié n’en est que plus touchante.

 

Le spectacle, né de l’imaginaire et de l’alliance des compétences des deux comédiennes, mêle musique, danse et jeu corporel. Mais, courant, dansant, chantant, sautant, tournoyant, leur dynamisme invite à une telle amplitude, que le petit plateau de la Scène du Canal / Jemmapes semble les restreindre de beaucoup, donnant dès lors l’impression qu’elles se marchent dessus et diminuant l’effet du voyage proposé.

 

Dans cet univers futuriste, absurde et poétique où la simplicité s’accompagne d’ingéniosité, tout nous rappelle joyeusement les premiers films et séries de science-fiction, entre bric et broc, et suggestion. Toute une histoire de la science-fiction auquel la compagnie semble rendre, consciemment ou non, hommage. Mais, la cohérence de l’intrigue est fragile, censée dessiner l’attente et l’angoisse de la mort, elle semble n’être parfois qu’un prétexte permettant tout et n’importe quoi pour le seul plaisir des interprètes, ou du public ami. Dès lors, si la bonne humeur des jeunes femmes rattrape souvent les choses, on n’accroche pas toujours avec ce qui est proposé, laissant l’impression désagréable de faire face à des private jokes qui nous excluent. Les clichés, quant à eux, sont nombreux, comme la voix off du début, où le tango bagarreur auquel se livre les deux jeunes femmes, et on ne le leur pardonne que par sympathie pour un travail dont on sent toute la bienveillance.

 

Joyeux voire burlesque, le spectacle ne se fait pas moralisateur mais invite plutôt à une réflexion sur le temps, sur notre monde et son avenir teinté d’une inquiétude environnementale atrocement actuelle. Finalement, la joie et l’humour qui s’en dégagent, en font une ode à la vie, un appel à profiter de chaque instant, malgré le triste destin des protagonistes et les quelques imprécisions et imperfections de la mise en scène. Une compagnie prometteuse, donc, qu’on ne peut qu’inviter à suivre de plus près et un spectacle encore jeune, peut-être, qui mériterait de s’affirmer et de se déployer.

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