Funny Birds

Théâtre de la Cité Internationale

  • Date Du 18 au 28 avril 2017
  • Mise en scène Lucie Valon / La Rive Ultérieure
  • Collaboration artistique Christophe Giordano
  • Chorégraphie Isabelle Catalan
  • Lumière Laurence Magnée
  • Scénographie & costumes Pia de Compiègne
  • Son Vassili Bertrand
  • Avec Charlotte Andrès, Stéphanie Farison, Alban Gérôme, Christophe Giordano, Mathieu Poulet, Charlotte Saliou
  • Production-diffusion Aline Présumey
  • Production La Rive Ultérieure
Funny Birds 1

Rassemblée autour du clown, la compagnie La Rive Ultérieure présente en avril au Théâtre de la Cité Internationale une création survoltée sur la spéculation boursière signée Lucie Valon. Sur le plateau, 6 clowns-traders sans nez, visage blanc et costume-cravate gris, débordent d’une imagination lucrative et d’un appétit insatiable pour les plaisirs de la vie.

 

Loin du réquisitoire enflammé contre les grandes banques, Funny Birds propose une plongée dans le monde clos de l’adrénaline et de l’argent. Ici, on joue au jeu de la bourse, et c’est à qui saura inventer les stratagèmes les plus improbables (« moi quand ça monte, je vends ce que j’ai pas et quand ça descend j’achète ce que j’ai vendu ») et faire preuve du plus d’audace pour investir, optimiser, faire fructifier. On part d’une pièce de deux euros et on finit avec une dette à 2000 milliards par de simples gymnastiques de l’esprit, puisque l’argent n’est plus qu’une idée qu’on manipule à sa guise, en pensée ou en griffonnant quelques chiffres sur des bouts de papier. C’est un cycle infernal de montées et de descentes qui ne s’arrête jamais – car qu’à cela ne tienne, les dettes aussi sont faites pour être rachetées.

 

Le tour de force est qu’ils sont bien sympathiques, ces clowns – malgré les combines douteuses et les tours de passe-passe qui finissent par un avis d’expulsion ou un endettement national. Ils sont touchants dans leur émerveillement face à la puissance de leur esprit – capable de démultiplier des sommes astronomiques par simple vouloir – et face aux excès en tout genre qui en découlent ; ils sont attachants dans leur envie irresponsable et presque innocente de s’amuser avec ce vaste terrain de jeu qu’est devenu le monde, quelles qu’en soient les conséquences. Maladroits comme de grands enfants, dans leur corps autant que dans leur relation aux autres, ils veulent jouir de tout et jusqu’au bout, avec l’ivresse de celui qui découvre que les limites n’existent plus. Car dans cet univers de démesure, le vertige de l’argent vaut toujours le risque de la déroute, quand bien même l’ostracisme du perdant n’est jamais loin.

 

Si dans la création, travaillée en écriture de plateau et proche d’un théâtre performance, l’absence de dramaturgie se fait parfois un peu sentir (les six traders composant un entre-soi d’où n’émerge en fin de compte, hormis quelques chamailleries de bon ton, que peu de conflits), cela est néanmoins compensé par la présence incroyable des comédiens qui habitent à eux seuls le plateau quasi nu. Corps désarticulés d’une qualité extraordinaire et démarches grotesques presque dansantes se déploient ainsi au cœur d’une scénographie sobre et efficace – grand octogone lumineux au sol et vitre de fond mi-opaque qui crée un espace d’arrière-scène. Anonymisés, ces individus sont entraînés par une émulation collective qui fera naître orgie, bagarre ou festin anthropophage, les uns fusionnant avec les autres en un groupe vivant et déchaîné, et on reçoit de front la force qui se dégage de ce « troupeau d’humains » avide de chair, sexe, argent.

 

©Leo Andres

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