Une Saison en Enfer & Chiens lunatiques

Théâtre de l'Opprimé

  • Date Du 12 au 16 avril 2017
  • Compagnie Tralalight
  • Une Saison en Enfer
  • Texte Arthur Rimbaud
  • Avec Nicolas Galpérine, Sébastien Thévenet
  • Composition musicale Clément Popis
  • Lumières Nicolas De Castro
  • Chiens lunatiques
  • Texte et mise en scène Sébastien Thévenet
  • Regard dramaturgique Elvira Hsissou
  • Avec Benjamin Barou-Crossman, Abdel Djallil Boumar, Elvira Hsissou, Florence Janas, Bruno Thévenet
  • Lumières Nicolas De Castro
Une Saison en Enfer

La compagnie Tralalight présente au Théâtre de l’Opprimé deux pièces en parallèle. L’une s’attaque à la poésie d’Arthur Rimbaud, tandis que Chiens lunatiques, comme en écho théâtral et poétique, raconte le mythe de Phèdre.

Une Saison en Enfer

Avez-vous déjà entendu les poèmes de Rimbaud récités en chœur et de manière frontale ? Comment faire résonner le langage d’Arthur Rimbaud qui est à la fois poétique et fulgurant comme un éclair ? C’est ce à quoi se sont attelés Sébastien Thévenet et Nicolas Galpérine.

La mise en scène est dénudée et les deux acteurs sont face public. Les vers en prose sont récités d’une manière douce et mélancolique. La musique qui les accompagne (par Clément Popis) entoure le plateau d’une forme de mystère qui n’aurait guère déplu à Arthur Rimbaud.

La façon dont est dite la poésie fait penser aux déclamations au temps où les poètes buvaient de l’absinthe et s’abreuvaient d’opium. Les amoureux de la poésie rimbaldienne retrouveront à n’y pas douter leur poésie favorite. Celle des voyelles de couleur est très bien jouée.

La poésie au théâtre est toujours un plaisir. Le texte est chair et se transforme en Verbe dès lors que le comédien le pousse et l’incarne. On sent que les comédiens ont une sensibilité à cette poésie qui évoque des tableaux de van Gogh. Le seul véritable élément de mise en scène qui change est lorsqu’une lumière rouge tamisée éclaire la scène. Les acteurs et le musicien se dénudent torses nus, se placent un foulard sur le visage. On entre alors dans une forme dansée de théâtre, et dans une ambiance mystique et étrange.

A la fin, nous avons le sentiment d’avoir fait un voyage dans la vie du poète à travers les significations de ses poèmes, de ses rencontres et des ses fantasmes. On est entré dans la dimension charnelle du Verbe, d’où surgit le vent de révolte et de jeunesse propre à Rimbaud.

*

chiens_lunatiques

Chiens lunatiques

Chiens lunatiques est une ré-écriture contemporaine de Phèdre. Une mère qui couche avec son fils, un fils tué par son père, voilà les points clés d’une histoire millénaire et bien des fois racontée. La pièce est ici à l’image du langage d’aujourd’hui.

La ré-écriture du mythe ainsi que la mise en scène de Sébastien Thévenet font passer le désir-répulsion d’Hippolyte pour sa mère au premier plan, en accentuant son côté adolescent rebelle. Il faut saluer ici le jeu de Florence Janas qui campe une Phèdre mystérieuse et magnifique. Seules des chaises tiennent lieu de scénographie. Les acteurs tournent autour, se frôlent. Quand Phèdre frappe à la porte de la chambre d’Hippolyte, c’est en réalité un décor invisible. Tout est suggéré. La maison du crime est tout aussi invisible.

Le moment du meurtre d’Hippolyte par son père est très réussi, notamment quand celui-ci l’emmène en dehors du plateau pour « faire un tour en voiture » et qu’on entend simplement le fils. Une autre scène particulièrement bien jouée est celle de la soirée entre Phèdre et Hippolyte. La mère et le fils boivent un verre sur la chanson des Beatles Don’t let me down avant que l’acte incestueux ait lieu.

En ré-écrivant Phèdre on s’attaque à un mythe millénaire qui parle de l’inceste. C’est un mythe qui passionne autant qu’il intrigue. Il n’est donc pas facile de le retranscrire sur scène et de le ré-écrire. Pourtant, de manière assez simple, ce travail fonctionne très bien. Le tabou devient un objet de théâtre. De manière minimaliste, tout est raconté directement pour entrer dans un langage franc.

Finalement, les deux pièces se terminent par un cri de rage collectif du public initié par Sébastien Thévenet, une explosion cathartique bienvenue qui résume bien ces pièces. Le spectateur expurge ainsi le mal d’Une Saison en Enfer et du mythe de Phèdre, pour célébrer l’essence ancienne du drame.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *