Dark Spring

Théâtre Paris-Villette

  • Date Du 7 au 24 Novembre 2012
DarkSpring©Kim-Akrich1

Bruno Gueslin met en scène le cru et macabre Sombre printemps d’Unica Zürn, compagne du plasticien Hans Bellmer. Publié en 1969, ce texte relate l’histoire d’une enfant hantée par l’obscurité et la sexualité. Mise en musique et en corps par Claude Degliame et le groupe Coming Soon, la folie grandissante devient voyage dans une enfance fantasmée.

 

Sensualité désaccordée

Elle est une petite fille qui grandit. Elle a un grand frère et une histoire sombre. Elle découvre la sexualité bien tôt, pour une fille de son âge, et y avoir goûté l’empêche de penser à autre chose. Elle est comme un fil tordu entre l’enfance et l’âge adulte. Elle cherche, expérimente, se laisse aller à travers les flots de son imagination parfois effrayante. C’est une histoire de sensualité hors-norme qui passe du noir glauque à la lumière. C’est le récit d’un corps et d’une parole qui se découvrent l’un et l’autre, l’un avec l’autre.

 

Sombre(s) Fantôme(s)

Elle n’est plus mais « elle » est là. Sous les voix qui la font renaître, l’ absence du personnage principal résonne par la présence de celle qui lui donne voix, l’hybride Claude Degliame. Fantôme vieilli ? Conteuse de la folie ? Elle est tout ce que le texte, et le spectateur peuvent projeter. Ses voix enfantine et adulte, sa déconstruction des mots, font entendre dans chaque syllabe du texte, le trou béant du langage face à l’immensité du désir. Les corps, qu’ils soient ceux des musiciens toujours présents sur scène, ou de la comédienne, s’apparentent à des esprits évoluant dans un espace vide, entre la vie et la mort, percés de souvenirs : une piscine, une table, une rue… Une mémoire mise en corps, en musique, et en espace.

 

Voix dans le vide.

Malgré la noirceur et la folie, cette histoire et celle d’un récit d’enfance, pétri d’obscures mais aussi de lumineux souvenirs. Le récit des premiers émois, des jeux espiègles, illuminent cet univers macabre. Comme dans un clip, les lieux, ambiances, lumières défilent sur les surfaces multiples , par des vidéos expérimentales fascinantes et les morceaux puissants des comédiens/musiciens. La petit musique de l’enfance n’est pas imposée sur les paroles, sur les jeux, elle est à l’intérieur même du texte, et les musiciens sont alors présences de cette imagination débordante, de la conscience débridée du personnage grandissant. La musique de Coming Soon est à cette image, multiple et fascinante. Folk, enfantine, rauque et rock, elle devient témoin de la complexité du personnage. Douceur et noirceur semblent termes jumeaux, quand la violence du désir se mêle à l’enfance.

Pouvoir du Rock dans la tragédie de l’intime, c’est un pur moment d’expression. Entendre, Voir, Imaginer… Un voyage unique en eaux profondes dans lequel il est fascinant de plonger.

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