Eclipse

Théâtre de l'Opprimé

  • Date 14 mars 2017
  • Compagnie Désirades
  • Texte Valérian Guillaume
  • Avec Arthur Daniel, Jean Hostache, Zoé Lizot
  • Et la participation de Axel Belin, Marie Bigorgne, Melinda Bourbon, Louise Deloly, Lola Gutierrez, Chloé Halbwax, Xénia Ivanova, Gaël Jacob, Marion Letessier, Thibaut Marion, Sylvie Nadot et Victor Le Normand
  • Scénographie Thibault Le Page
  • Son Alan Briand
  • Voix Giulia Dussollier
  • Administration Pauline Duretete et Anais Robin
acte_et_fac_2017_visuel

Festival Acte & Fac le retour !

Après le premier round au Théâtre de la Bastille, c’est le Théâtre de l’Opprimé qui accueille le rappel de l’édition 2016. Cinq compagnies et cinq spectacles pour une semaine de jeune création qui se veut un rendez-vous incontournable. L’université Paris 3 présente fièrement les travaux de ses étudiants dans une ambiance aussi chaleureuse que professionnelle. Regarder, voir, interroger, échanger, parler simplement à son voisin, s’accouder au bar pour boire un verre… Le Théâtre de l’Opprimé nous offre un espace où l’on aime se rencontrer. En cette période où l’on se pose la question de ce qu’il est encore possible d’accomplir, de conquérir, où l’on se demande comment changer les choses, ce festival, véritable foyer pour de jeunes artistes, nous montre un chemin des possibles sur lequel on s’engage avec délectation.

image

On peut parler d’un début de spectacle inhabituel ! Dans le noir, des faisceaux lumineux viennent chatouiller les pupilles des spectateurs créant une sorte de tunnel par lequel il faudrait passer pour arriver sur scène. Sur fond de séance de sophrologie à la mode, on nous invite à fermer les yeux et à nous laisser transporter. Ce qui nous invite à fermer les yeux et à nous laisser transporter. D’entrée de jeu cela fait peur, néanmoins on découvre tout au long de la pièce un magnifique « poème théâtral », pour reprendre les mots de l’auteur – metteur en scène Valérian Guillaume, une observation critique et précise de notre environnement sociétal aujourd’hui.

En guise de décor nous avons : des bâches bleues tendues du sol au plafond, aucun repère spatio-temporels, des projecteurs et… un sumo impassible. Cette première image nous introduit dans l’univers absurde de la pièce, où se succéderont un homme étrange se faufilant sous les bâches comme dans un tunnel souterrain, un groupe de touristes en imperméables, appareils photos en main emmené par une guide blasée, une chenille humaine chantant gaiement « à la queueleuleu » et un sumo qui finira par interpréter un monologue.

 

La mise en scène est simple, efficace et se passe de décors. On remarque une utilisation réfléchie des lumières qui évoluent au gré de la pensée de la pièce, d’abord intrigantes, tamisées, oppressantes puis fluidifiantes du propos exprimé. Il y a un souci du détail qui arrive jusqu’au flash des appareils photos tournés vers le public, qui se retrouve, d’autant plus immergé dans l’univers de la pièce.

 

D’abord muette, excepté pour les onomatopées joyeusement lancées par le groupe de touristes, la pièce se termine sur le monologue du sumo, interprété d’une main de maître par Arthur Daniel, un monsieur tout-le-monde qui conte ses mésaventures quotidiennes, de manière satirique et cruellement drôle et qui met des mots sur la vision critique, humoristique et juste de la société portée tout au long de la pièce. La simplicité de la mise en scène permet une écoute appréciable et donne l’occasion aux spectateurs de s’identifier au dessous de plat grenouille ou à la pizza réchauffée au micro-onde.

On sort du spectacle en se disant que la vie est triste, que nous ressemblons de plus en plus à ces touristes rivés à leurs écrans, que nous sommes impatients, ne prenons plus le temps de rien, que le simple fait de nous faire doubler dans une file d’attente nous rend furieux, que nous creusons peut être, peu à peu notre propre tombe…mais que nous pouvons encore voir des spectacles surprenants, de qualité et que le théâtre permet de nous moquer de nous même, preuve en est avec Eclipse.

Finalement, comme le dit Renaud pour clôturer le spectacle, malgré la véracité des propos de la pièce on est « toujours vivant, rassurez vous, toujours la banane, toujours debout », et on attend la suite de la compagnie Désirades avec impatience.

Rédigée par Léonie Gobion

dans le cadre de l’atelier de critique théâtrale (Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *