Woyzeck on the Highveld

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{Woyzeck on the Highveld} est le résultat de la curieuse rencontre entre un poète révolutionnaire du XIXe siècle, Georg Büchner, un artiste connu pour ses dessins au charbon et au fusain, William Kentridge, et une troupe de théâtre spécialisée dans la manipulation de marionnettes, la Handspring Puppet Company. {{Fragmentation}}
Georg Büchner est un dramaturge allemand. {Woyzeck} est la pièce qu’il était en train de rédiger lorsqu’il est mort, en 1837, à l’âge de 23 ans. {Woyzeck} décrit les aventures de Woyzeck, un homme démuni et désespéré qui, apprenant l’infidélité de sa femme, commet l’irréparable. La pièce est devenue un classique de la littérature allemande en dépit de (grâce à ?) son caractère inachevé. Le drame touche l’infini par son caractère non-fini. Cet aspect donne d’autant plus de libertés aux metteurs en scène et la pièce a été jouée de nombreuses fois, surtout depuis les années 1980. William Kentridge trouve dans cet aspect fragmentaire les raisons de mêler au théâtre animations et marionnettes. Ainsi, « la brieveté de chacune de ces scènes est nécessaire pour le film d’animation », et le fragment est « essentiel pour l’endurance des marionnettistes ».

{{Dessins animés}}
L’adaptation est ici synonyme de recontextualisation : William Kentridge et la Handspring Puppet Company situent l’histoire de Woyzeck dans l’Afrique du Sud des années 90. Ainsi, le soldat de fortune devient un prolétaire, le cheval un rhinocéros. L’action se passe sur le plateau du Highveld, près de Johannesburg. La représentation fait exister cet univers très fortement ; ça sent la poussière. Pourtant, en dépit de cet ambiance marqué, le discours est trop fragmentaire pour accrocher notre attention sur la durée. C’est aussi le défaut de la fragmentation : elle dé-dramatise. {Woyzeck on the Highveld } est une pièce épique, au sens brechtien, car elle permet la distanciation (c’est d’ailleurs Brecht lui-même qui a fait découvrir {Woyzeck} au XXe siècle).

{{Objets animés}}
{Woyzeck } met en jeu des corps : celui de l’ouvrier qui doit travailler dur pour gagner peu et qui accepte qu’un médecin fasse des expériences sur son corps pour gagner plus, celui de la femme, Maria, objet de toutes les convoitises (« This woman is hot »). Le corps présent dans la pièce est investi par des marionnettes, qui se situent entre « corps et objet ». Ces objets animés sont manœuvrés par des marionnettistes qu’on peut observer, et qui prennent parfois le pas sur elles. De même, le remarquable Mncedisi Shabangu attire toute l’attention quand il vient converser avec les personnages en bois. Ainsi, les hommes sont tellement imposants qu’ils font presque oublier les marionnettes. Au début, cela surprend, puis, cela fait réfléchir : quelle bonne idée que de montrer le corps sous cet aspect froid et servile. Oui Woyzeck se fait mener par le bout du nez, par les autres, mais surtout par le destin. Oui les marionnettes dévoilent la fragilité et la fatalité de la vie précaire.

{Woyzeck on the Highveld } est le genre de spectacle pourvu d’un univers fort et dont on sort sceptique et hanté, un spectacle dont on a besoin de parler, et qu’on ne saura jamais si on a aimé ou pas. Mais la beauté ne se définit-elle pas justement par son caractère imperceptible ?

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