La Nef des fous

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Le soleil se couche doucement, au dessus des bâtiments vieillots de l’université Paris 3 qui portent au fronton, comme une ironie, le nom de « Sorbonne Nouvelle » et sur le parvis quelques chaises, des bâches de plastique que l’on colle à la hâte, au-dessus des projecteurs, sur des cartons affichés à la façade de la faculté de béton en fond de scène : « prions les dieux-tempêtes pour qu’il ne pleuve pas ».
On ouvre en un souffle quelques cannettes de bière, on se groupe, il fait déjà frais, autour des bouches d’aération de la chaufferie, une euphorie parfume l’air que viendra à peine troubler les allers-et-venues du gardien, il y a du vent.
Le décor est planté. Le décor, c’est nous, et une jeunesse qui a décidé de célébrer le théâtre, ce soir, tandis que commence la représentation de {La Nef des fous}.

{{{Une société de genres}}}

C’est l’histoire d’une petite société, de quatorze individus, regroupés sur un bateau pour un voyage dont on ne connaît pas vraiment le but, si ce n’est d’aller ailleurs.

Il y a un poète outrageusement romantique, un fermier et sa femme, un chasseur passionné, une vamp’, un voleur, des saltimbanques, une folle, un préfet, des soldats et un passager clandestin.

Quatorze archétypes regroupés sur un même bateau dont l’intérêt n’est pas la navigation, mais bien l’isolement, celui d’une microsociété placée sur un plateau-laboratoire, d’un groupe qui surnage sur le pont et dans les cales et que l’on observe, et que l’on dissèque, dans ses énergies, ses mouvements brusques ou ses vibrations de violence et de paix comme autant d’harmoniques de l’ondulation d’où tout cela a commencé : celle de la troupe resserrée en un même mouvement au début du spectacle.

{{{Théâtre du filigrane}}}

Les saynètes se succèdent et la dramaturgie se dessine dans le filigrane de ces personnages métonymiques qui ouvrent chacun à leur manière un riche pan d’histoire théâtrale. Il faut à ce sujet féliciter la mise en scène de {{Simon Falguières}} et l’excellent travail de ses quatorze comédiens : si la métonymie est assumée, ils évitent ensemble le stéréotype et la composition lourde.

On retiendra ainsi l’image de {{Laura Cros}}, qui, au-delà de jouer la fermière, effectue une véritable transfiguration qui bouleverse entièrement son corps, réorganise chacun de ses membres, chacun de ses mouvements et fait naître cette paysanne bourrue qu’elle n’est pas, mais qui un instant l’habite, dans une magie toute théâtrale.

{{{Déclaration de théâtre}}}

Car La Nef des fous est avant tout une magnifique déclaration de théâtre où le {{Collectif du K }} et {{Simon Falguières}} démontrent leur talent et la richesse de leurs références.

La dramaturgie subtile du spectacle nous emmène progressivement, presque malgré nous, vers le sacrifice nécessaire à la survie de la microsociété de la Nef, mais également à partir duquel le théâtre ouvre sur la brèche qui le nourrit.

On y convoque le cirque, le théâtre du soleil, la comedia dell’arte, l’intronisation d’Argan du {Malade Imaginaire} et des marionnettes dans une créativité et une maîtrise impressionnantes pour une jeune troupe, et qui laissent présager un très bel avenir au{{ collectif du K}}.

{{{Profitez de 10 invitations pour la représentation du 29/05 à, 17h, à la Cartoucherie de Vincennes.}}}

Contactez de la part du Souffleur [collectifduk@gmail.com->mailto:collectifduk@gmail.com]

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