Une mouette et autres cas d’espèces

Théâtre Nanterre-Amandiers

  • Date Du 12 au 22 janvier 2017
  • Adaptation, mise en scène et scénographie Hubert Colas
  • Réécritures Édith Azam, Liliane Giraudon, Angélica Liddell, Nathalie Quintane, Jacob Wren, Annie Zadek et Jérôme Game
  • Jeu Céline Bouchard-Cadaugade, Heidi-Éva Clavier, Jonathan Drillet, Valère Habermann, Florian Pautasso, Vilma Pitrinaite, Thierry Raynaud, Yuval Rozman, Cyril Texier, Laure Wolf
  • Vidéo Pierre Nouvel
  • Lumières Hubert Colas et Fabien Sanchez
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C’est donc Une Mouette et non pas La Mouette. Sous entendu : Une mouette parmi tant d’autres. Ou chacun sa mouette.  Hubert Colas a proposé à six auteurs contemporains d’écrire à partir du texte original de Tchekhov. Ainsi, à la façon d’un palimpseste, les textes de ces auteurs viennent s’inscrire à l’intérieure de la dramaturgie de Tchekhov en formant un entrelacs complexe mais adroit. Hubert Colas, par le choix et la confrontation de ces textes aborde notamment dans la pièce le lien souvent réversible qui existe entre la vie et le théâtre, le rapport au temps qui est un accordéon et surtout le rapport qu’entretient la société avec le théâtre.

 

« Je voulais m’engouffrer dans la vie de la poésie mais pour cela il me fallait traverser la poésie de la vie » Blaise Cendrars

 

Où les coups de feu ne sont que des échos lointains, et les morts des revenants incessants.

 

Car après tout que raconte cette Mouette ? Elle raconte l’histoire d’un été. Un été où Treplev, jeune enfant de la balle comme on dit, fils de la peu divine diva Arkadina, décide de montrer à sa bourgeoise famille et son bourgeois entourage une pièce de son cru qui est selon lui un prodige de modernité et d’avant-gardisme. La pièce est un fiasco et la révolution théâtrale du jeune homme un coup d’épée dans l’eau.

 

Au travers des textes qu’il rassemble. Hubert Colas aborde la difficulté de « faire révolution » dans un système où l’institution elle-même décrédibilise la révolution. La difficulté de faire du bruit dans un monde où tout le monde crie. Les écritures, fermement soutenues par les comédiens, en un savant arrangement, parviennent à faire corps tout en s’affrontant, se décriant, et se commentant l’une l’autre. On est chez Tchekov et chez nous à la fois.

 

Temps accordéon

 

L’aspect plastique de la mise en scène plonge le spectateur dans cet espace propre à Tchekov. Une infinité de fauteuils en cuirs style club vient dessiner comme un désert de confort et d’oisiveté au cœur de la Russie à l’hiver éternel. Un long rideau mobile de filins se déplace et balaie la scène. Tantôt il sert d’élément rythmique et vient créer des espaces de recueillement au sein du salon collectif. Tantôt il s’efface en fond de scène et sert d’écran de projection à des paysages vacants. Parfois il recule et vient glisser lentement sur le corps des personnages comme les mailles d’une temporalité qui les enferme, les condamne tout en leur servant d’écrans de projections oniriques. La mort elle-même est déréalisée par le temps qui passe indéfectiblement, seulement représentée par un coup de feu lointain et le glas prononcé par Dorn, égal à lui-même : « Le fait est que…Arkadina est morte. » Cette phrase revenant à la fin de chaque acte, avec un nouveau personnage devient presque une ritournelle, une cinglante litanie dont la reprise fait à chaque fois frissonner.

 

Les images projetées sur le rideau évoquent à la fois un ailleurs impossible auquel rêvent les personnages et à la fois le paysage possible qu’il regarde et que nous regardons aussi, mêlés à eux dans une étrange assimilation.

 

Le miroir du théâtre

 

Car enfin là semble être la préoccupation ardente de cette pièce. Hubert Colas nous montre des acteurs et des personnages assis qui regardent d’autre personnages en train de vivre. On se retrouve soudain étrangement mêlé aux situations. Face à des personnages qui sont spectateurs, il ne reste qu’aux spectateurs de devenir acteur, et la voix du spectacle semble nous inciter à nous lever.

 

Par une voie réflexive et analytique, Hubert Colas médite sur les possibilités de renouveau et de révolte au sein de la création théâtrale et nous incite à chercher toujours de nouvelles formes, de nouveaux horizons…

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