Danse « Delhi »

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Une mort (ça commence joyeusement),un lieu (la salle d’attente d’un hôpital) 6 personnages, des répliquent qui tuent… Mettez tout cela dans une boîte, secouez, et, tel un jet de dés fatal et imprévisible, lâchez le tout sur le plateau du théâtre de la Colline,sept fois de suite…
« La critique ne trouvait pas de mot pour écrire sa critique »

Difficile en effet de trouver les mots justes pour décrire « Danse « Delhi », d’après le jeune auteur russe Ivan Viripaev.
De sa plume virtuose, il bringuebale et malmène ses héros au rythme de sept pièces courtes, tous liés par le destin de Catherine, une danseuse devenue célèbre pour sa création inspirée de la ville de Delhi, reflet de toute la douleur humaine qui l’a marquée au plus profond de son être et qu’elle transforme en art en l’incarnant par sa danse.

Valses de variations…

Gravitent autour de cette danseuse : sa mère, une critique de danse professionnelle, un homme dont elle est la maitresse, la femme de ce dernier, ainsi qu’une infirmière, qui oscillent tous sur un fil tendu entre rire (jaune, souvent) et larmes, hystérie et acceptation docile de la fatalité, doute, angoisse, résurrection, vie et mort…

Chacune de ces sept pièces est l’occasion pour l’auteur d’éclairer de différentes lumières un même motif, de nous faire découvrir ce que j’appèlerais maladroitement un nouveau « déroulement possible » de l’histoire, de lever le voile sur une des multiples facettes d’un cube compliqué à la surface de laquelle glissent et chutent sans filet nos malheureux personnages.

Souffrance, cruauté, culpabilité et acceptation sont autant de sujets douloureux soulevés par le texte, et qui naissent des situations sans être pour autant plaqués là par hasard, histoire de philosopher. Le tout teinté par la plume légère, poétique et délicieusement cynique de Viripaev.

Le génie de l’auteur tient aussi à la réutilisation dans chaque « pièce » d’un ou plusieurs dialogue(s), arraché(s) de la bouche de l’un pour être placé(s) dans celle de l’autre, qui prennent un sens complètement différent selon la situation …

Les comédiens incarnent avec brio et surtout beaucoup de sincérité ces personnages entre tourmente et soulagement, dans une mise en scène épurée de Galin Stoev.

Composé d’un plateau central blanc entouré d’éléments rappelant l’hôpital, le décors est simple et ne vient pas entraver l’essence même du spectacle : le jeu, les mots, l’émotion.

Malgré la chaleur écrasante du théâtre, le spectateur est à l’écoute, frémit, rit et compatit, (se ré)jouissant de la beauté du texte et de l’implication des acteurs, jusqu’à la scène finale, simplement sublime.

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