Extimité (dés)ordonnée

Athénée Théâtre Louis-Jouvet

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{{{Extimité chorégraphiée}}}

Huit filles sont sur scène qui se dandinent intim(id)ement. Mouvements vécus de l’intérieur et regards plongés en soi-même, leurs corps commencent par à peine (et à grande peine pour le spectateur…) oser frétiller. Peu à peu, ils se mettront vigoureusement à exploser. Elles dansent pour elles, comme plongées, seules dans leurs chambres, dans le rock mélanco/déluré de PJ Harvey. Il s’agit donc d’assouvir le désir de dire ce qui ne se sait que par l’imagination: d’exploser {Publique}ment le moment du sentiment esthétique. Intimité, donc – ou plutôt extimité; il s’agit, avec ce spectacle, d’assouvir consciemment le désir de mettre en avant une part de sa vie privée.

{{{Vrac ordonné}}}

Répétitions et différenciations (puisqu’à morceau identique correspondent des sentiments nuancés), simulations d’improvisations (puisqu’il s’agit d’exprimer le laisser-allé de la musique vécue pour-soi), sourdine et explosion de mouvements et de sons (puisqu’il s’agit de mettre au jours une pluralités de situations d’écoutes), une grande variété de de procédés chorégraphiques/théâtraux/sonores est de mise. Beaucoup de fraîcheur dans ces mouvements qui, sans chercher à démontrer, se montrent dans un vrac ordonné. Beaucoup d’énergie, aussi: les corps sont {lancés} au laissé-aller maîtrisé, c’est un marasme de spontanéité qui souffle au spectateur l’envie de s’abandonner à son tour.

{{{…désordre confortant}}}

S’abandonner, donc, non à la danse chorégraphiée mais bien à soi-même {se danser.} Les solos de Natacha Konznetsova et I-Fang Lin, sont, chacun à leur manière, particulièrement symptomatiques de cet abandon personnel. Les deux filles dansent en elles, dans une construction éminemment technique qui parvient cependant à restituer agréablement le « n’importe comment ». La première est visiblement à concert Harveyien hystérique et danse seulement le haut du corps, son cou se tordant tandis que ses bras et ses cheveux volent inconséquent dans tous les sens. Quant à I-Fang Lin, elle semble écouter PJ Harvey dans sa chambre, chewing-gum en et sourire et bouche, fraîcheur au corps – l’une comme l’autre sont au bord du ridicule/grossier/ennuyant; au bord sans n’y jamais tomber. Le plaisir montré n’est pas obscène, il n’est pas dépourvu de pudeur. Les danseuses maîtrisent leur laisser-aller: c’est une harmonie « spontanée » Au contraire, il apparaît contagieux, spontané et simultanément mesuré, adapté. C’est un plaisir désordonnant/désordonné conscient d’être exposé.

{{{Impulsion finale}}}

{Publique} est donc un spectacle chorégraphique ne se voulant ni spectaculaire ni ostensiblement technique. Mathilde Monnier nous offre une impulsion colorée qui ravive la danse en tant que plaisir pur plutôt qu’en tant qu’art signifiant, une pièce qui en fin de compte suscite (ou légitime) autant le désir de {se danser} que celui de se (re?)plonger, corps et pensée, dans une écoute de PJ Harvey.

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