Portes ouvertes

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« Fouiller le monde d’un regard fertile », c’est ce que promettait de faire Gilles Martin. Et du fouilli, il y en a effectivement pléthore. La pièce commence par une mise en scène de onze apprentis comédiens qui simulent être dans un avion lancé vers le futur à « puissance maximum » et allant « toujours de l’avant ». Ensuite vient le monologue, à l’adresse de son enfant, d’un père déçu du monde (ô combien égoiste!) qu’il habite. Puis arrivent des écrans sur lesquels sont projetés des entretiens filmés répondant tous peu ou prou à la vaste question « et demain? ». On reviendra ensuite aux adolescents (qui cherchent visiblement à refaire un avertissement à la 1984). On aura alors le droit à une scène entre une SDF et une femme XXIème’s style-stréssée-méfiante-angoissée, puis à un dialogue pathos entre un inventeur de pilules fou et sa femme, entre un riche capitaliste au bord de la mort et son infirmière… arriveront ensuite d’autres vidéos, puis d’autres scènes avec les adolescents… d’autres scénettes avec des lions, des crises de folie, de dépression… d’autres scènes avec les adolescents, d’autres vidéos et encore des vidéos, encore de la folie, puis…

On l’aura compris, sur le plan formel, ce futur/no future est un parfait pot-pourri post-moderne. Jeu de fragmentation, jeu de répétitions, jeu de dé-construction. La{ cie Point de Rupture} veut nous faire comprendre que si l’avenir nous travaille tous considérablement (future?), il ne nous réserve plus de promesse (no future?). La pièce se présente en fait comme une grosse illustration de {l’Ere du vide } ou du {Bonheur paradoxal} de Lipovetsky. Inquiétude quant à cette tendance actuelle à vivre dans l’euphorie perpétuelle (tout au long de la pièce les comédiens ne cesse de répéter que « tout va bien »), critique du capitalisme destructeur (mise en scène d’un vieil homme qui veut vivre plus pour gagner et faire gagner plus), de l’individualisme exacerbé (les entretiens filmés ne cessent de déplorer sur le mode du tragique la non-solidarité contemporaine), critique de la technique a-sentimentale (un petit garçon nous implore d’arrêter la technique pour nous consolider moralement tandis qu’un chercheur veut développer des pilules de cadavres pour se nourrir): tout y passe. Les portes critiques de la société actuelles sont ouvertes les unes après les autres en vue « questionner notre capacité à changer le monde ».

Alors, pièce troublante? Aucunement. Si dans ce {Futur/No futur} tout y passe simultanément tout y lasse. Plutôt qu’ouvertes les portes sont enfoncées: lieux communs et propositions grossières pullulent. ce que l’on veut pour demain? « Retourner dans la savane »; « se promener en maillot de bain » et autres « retrouver de l’amour ». Ce que l’on pense d’aujourd’hui? Que nous ne pensons plus les uns aux autres, que les gens pensent à l’argent, rien qu’à l’argent, qu’il n’y a plus de sentiments, etgngn. Le ton est si plaintif qu’il irait de soi que quelqu’un déplore l’absence d’attention à la beauté intérieure. Autant de constats et de pseudo-propositions sincèrement naïves, donc… et sincèrement stériles. Autant de scénettes sincèrement indignées ou résignées, donc… et sincèrement grossières dans leur manière de l’exprimer. Un nuage de fatalité pèse sur cette pièce qui, sous couvert d’interroger l’à-venir, reste en fait enfermée dans une déploration pathos-tragique d’un « certain présent ».

Se complaire à partager un constat écœuré sur notre époque, sur son manque de sens et sur l’incertitude quant à l’avenir… voilà ce que (re)fait la pièce présentée au théâtre Dunois. Et c’est déjà daté. Et c’est pesant. Et c’est, tout simplement, chiant.

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