Mille Orphées

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Il y a un mois, le CDN de Montreuil proposait La Golden Vanity, opéra pour enfants mis en scène par Sandrine Lanno, dont la particularité était d’être interprété par les enfants du choeur des Hauts-de-Seine. A nouveau, ce sont des enfants, ceux de la Maîtrise de Radio France, réputée pour son excellence, qui, au Théâtre des Amandiers, chantent et hantent un texte de Laurent Gaudé, mis en musique et en scène par Roland Auzet. Un spectacle intrigant mais inabouti. Avec {Mille Orphelins}, Laurent Gaudé, auteur, entre autres oeuvres saluées, de {Médée Kali} et du {Tigre Bleu de l’Euphrate}, continue son exploration des terres mythiques. Il présente ici le personnage de Dragan Bajuk Slator, vieil homme malade et blessé, à la façon d’un Philoctète, condamné par ses plaies purulentes à l’errance et à la solitude. Un enfant apparaît : bien des années auparavant, il avait été abandonné par le vieillard à la demande de la mère. Cet orphelin jette alors une étrange malédiction au vieil homme : de sa solitude, naîtront des fils et des filles qui, sans changer son destin, le mèneront au salut.

De ce canevas austère, Roland Auzet, metteur en scène et compositeur du spectacle, a tiré une partition dense et, par instants, aussi belle qu’envoûtante, que joue avec brio et finesse l’Orchestre Philharmonique de Radio France, accompagné d’un guitariste et d’un musicien électronique. L’ensemble a quelque chose d’assez puissant et, au point d’acmé de l’oeuvre, de plutôt grandiose – en dépit de solos de guitare électrique un peu kitsch.

André Wilms et les enfants de la Maîtrise de Radio France viennent prêter corps et voix à cet opéra hybride. Si le premier, de sa voix (parlée) de stentor, crispe et agace tour à tour tant son jeu est parasité par le tics et les trémolos, les seconds, particulièrement bien dirigés, émeuvent et surprennent par leur présence onirique. Sur un plateau sombre, sur de hautes structures métalliques, ils racontent plus qu’ils ne vivent cette étrange histoire. Voir cette centaine d’enfants, vêtus de pâles costumes, à l’allure fantomatique, accabler ou rassurer le vieillard, l’encercler, le porter ou le dominer, est assurément une expérience troublante …

La poésie, la violence et la douceur de ce choeur font tout l’intérêt de ce spectacle et sauraient se suffire à elles-mêmes. Il est dès lors regrettable que les choix de mise en scène n’aient su se faire plus sobres ou transparents. Si la gestion de l’espace est fine (des jeux de disparitions/réapparitions des enfants donnent l’impression qu’ils se démultiplient sans cesse), certains effets chorégraphiques tombent à plat … L’usage de la vidéo, surtout, est particulièrement redondant et vient systématiquement entraver l’émotion.

Contrasté, ce {Mille Orphelins} est donc un spectacle double, à la fois intrigant et poussif, envoûtant et agaçant. La présence puissamment théâtrale des ces mille Orphées n’en vaut pas moins le détour.

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