Yannick Jaulin

Le Nombril du monde

A force de courir les théâtres, on délaisse les moments, les rencontres à écrire. Alors il suffit de replonger les mots les premiers dans sa terre mère, la Vendée, pour retrouver les termes. Ajoutez à cela, le rendez-vous inattendue avec la libraire armée d’une caméra dans la Librairie du Théâtre, et vous obtenez le portrait d’un homme en marche, qui puise de ses racines personnelles pour faire entendre les grandes histoires de l’humain.

 

Le poids des mots.

 

Au départ un travail qui ne lui plaisait que trop peu. A la base de ces récits des mots, des phrases, des rencontres, percutants et moteurs d’un mouvement : « Tu ne vas pas faire ça toute ta vie! » C’est un choc des moments et des mots qui créent un rock patois. Puis les phrases ont donné envie de creuser sa campagne. il part donc à 27 ans, collecter les chansons, les histoires, les tranches de vie dans le Poitevin. Pour dire il faut d’abord et surtout écouter. Ecouter ce patois, ce parlange encore vivant. Dans une langue et dans une autre les mots n’ont pas les mêmes images, on ne pourra jamais effectuer un travail exact de traduction de l’amplitude des termes. Mais c’est parfois en plongeant dans les terres que l’on retrouve l’amplitude humaine: « Plus je m’enfonçais dans le pays, plus j’avais l’impression de connaître le monde entier. « 

 

Liens et Rencontres.

 

S’il n’a pas toujours été collectif, son travail implique la relation à l’autre. Une rencontre, un événement d’où découlent des mots. A partir de 2000 et de son spectacle en clair-obscur{ J’ai pas fermé l’oeil de la nuit}, laissant la parole aux morts du cimetière d’un village laissé à l’abandon par les vivants, l’occasion est faite de faire participer le public à la création des spectacles par le biais de chantiers publics. Il s' »entoure de gens » pour tester et réfléchir ses idées en groupe, avec l’autre. C’est un art de l’échange qui engendre la création.

 

Après ces nombreux spectacles contés et seul, il ressent le besoin de se rassurer en tant que comédien. C’est par les autres qu’il réussit à se rassurer en solo. Il rejoint ainsi Wajdi Mouawad, pour la tournée du spectacle Forêts et de la trilogie aux quatre coins du monde pendant plus de 5 ans. « C’est vraiment une expérience qui m’a rabiboché avec le goût de la troupe ». Wajdi Mouawad devient alors le dramaturge de son avant-dernier spectacle, Terrien, dans lequel Yannick Jaulin plonge dans sa propre vie pour y pêcher les grandes questions qui le tourmentent : les origines, les peurs, les erreurs…

 

Conter, c’est aussi jouer.

 

Ce qui fait l’originalité du travail du conture patoisant, c’est précisément ce rôle de conteur que l’on retrouve dans presque tous ses spectacles. Ce conteur n’est pas un personnage, c’est Yannick Jaulin lui même qui ouvre la voix des autres, avec une maîtrise des justesses et des variations.
Avec le Dodo, son dernier spectacle, la démarche est différente, c’est le comédien qui est sur scène, lui même dédoublé. {« Avec le Dodo, je me suis penché sur ma pratique, sur ce qui m’a poussé, mes voyages… Je suis partie dans une sorte de quête formelle. »} C’est ainsi que l’on assiste à une création en marche, des récits en construction, des personnages qui cherchent une voie, et une voix pour dire l’originalité. Mise en abyme en forme de retour aux sources, identitaire et artistique.

 

Lieux (du) Communs.

 

Même si sa pratique semble rare sur les scènes de théâtre, le conte, contrairement au Dodo, n’a pas disparu de la surface de la Terre. Yannick Jaulin a réussi à s’imposer lentement, mais sûrement, sur la scène théâtrale française, aussi bien dans les « salles polyvalentes » de sa Vendée natale quand dans les grands théâtres parisiens. Il crée un pont humain entre les lieux, entre les traditions pour perpétuer une parole qui ne doit pas être oubliée. Celle des histoires et des mythes. Il réinvente même des lieux, il habite des points perdus de la carte de sa région. En 1986, il rencontre Pougne-Hérisson, petit village de la cambrousse poitevine alias Nombril du Monde, dans lequel il va créer un festival de conte et de spectacles en tous genres. Puisque selon la légende, c’est de cet « épicentre du Big Bang mythologique » que seraient originaires toutes les histoires de l’humanité. Elles effectuent alors un retour annuel dans leur province natale, au grand plaisir des oreilles du pays entier. C’est dans cet endroit qu’est désormais basée la compagnie de Yannick Jaulin, histoire d’avoir un pied-à-terre.

 

« Je suis un typique. »

 

C’est une histoire de mots qui marchent et qui marquent.
Une volonté de reconstitution du conte, de cet art populaire capable de dire des choses très puissantes, voire subversives. Cet art du récit, accessible à tous, est capable de toucher le public le plus large possible et ainsi de recoudre par les mots {« le fil perdu de la transmission »}, entre les générations et entre les lieux.
Yannick Jaulin, comme un Dodo bien vivant, un passeur-créateur. Histoire de faire le lien, d’être humain au sens large d’une terre.

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2 Commentaires

  1. magar marie - 16/03/2013

    Flavie Bitaud… Il faut faire des recherches sur Yannick Jaulin pour tomber sur toi. Que du bonheur, très bel article.

    • Flavie Bitaud - 17/03/2013

      Très chère Marie,
      Il faut relire son article sur Yannick Jaulin pour te retrouver.
      Je suis ravie, et merci !