Dark circus

Le Monfort

  • Date Du 29 novembre au 17 décembre 2016
  • Création et interprétation Romain Bermond et Jean-Baptiste Maillet
  • D'après une histoire originale de Pef
  • Regard extérieur Frédéric Maurin
  • Régie générale Arnaud Viala en alternance avec Frank Jamond
  • Production Stereoptik
  • Création 2015
French artist Romain Bermond performs during a rehearsal of the play "Dark Circus" by Stereoptik at the "Chapelle des penitents blancs" during the 69th international theatre festival in Avignon, southern France on July 18, 2015. AFP PHOTO / ANNE-CHRISTINE POUJOULAT

Au croisement de la marionnette et du cinéma d’animation, la Compagnie Stereoptik repousse les limites de l’inanimé rendu vivant en présentant la création en direct d’un film d’animation à base de théâtre d’ombre, dessin et marionnette.

 

Pour son 4e spectacle, Stereoptik adapte une histoire imaginée par l’auteur et illustrateur jeunesse Pef : celle du Dark circus, un cirque qui rend les gens « malheureux », nous informe la voix nasillarde d’un Mr Loyal lassé de tout. Dans ce monde de cynisme en noir et blanc, de longues silhouettes mornes vivent au rythme des accidents et des numéros ratés, du dompteur de lion qui se fait manger à la lanceuse de couteaux qui rate – ou plutôt touche – sa cible. Mais d’un accident peut aussi naître la magie, en témoigne cette balle rouge qui s’échappe, lors du dernier numéro, du chapeau du jongleur tombé au sol et vient colorer les rangées grises de spectateurs.

 

Installés de part et d’autre d’un immense écran, affairés chacun à une table de travail méthodiquement encombrée, les interprètes et créateurs du spectacle Romain Bermond et Jean-Baptiste Maillet font preuve d’une inventivité incroyable : outre la multiplicité des techniques utilisées (théâtre d’ombre, théâtre de papier, manipulation d’objets, dessin, etc.) et leurs innombrables variations (ne serait-ce que pour le dessin : peinture, sable, feutre etc.), c’est la manière dont ces techniques sont employées et amenées à l’écran qui impressionnent. La force du spectacle se situe ainsi dans ce renouvellement permanent, dans cet art de la surprise et de l’émerveillement. Les deux artistes parviennent à casser habilement chacune des conventions qu’ils établissent, en passant tour à tour de l’animation 2D (dessin) à de la 3D (marionnette), du théâtre d’ombre à celui de papier, du dessin en direct aux images préenregistrées, de l’animation au réel, le tout dans un univers qui garde une réelle homogénéité.

 

Dans cette épopée visuelle et auditive effrénée, chaque nouveau tableau est un coup de théâtre, ou plutôt, à la manière des Mille et une nuits, chaque tableau nous prépare au coup de théâtre suivant en parsemant ici et là des éléments mystérieux qui éveillent notre curiosité, si bien que de rebondissements en rebondissements, le suspens le dispute toujours à la poésie et l’étonnement. En fin de compte, on ne peut que saluer la polyvalence des interprètes, à la fois dessinateurs, musiciens et marionnettistes, ainsi que l’extraordinaire et ingénieux travail de construction, composition et agencement qui sous-tend cette création cinématographique.

 

Attachant et réjouissant (à l’image du lion, qui, contaminé par la balle rouge, se transforme en danseur disco convaincu), Dark circus est décidément un joli conte, plein de justesse et de merveilles. C’est aussi peut-être le vestige d’un autre monde, imaginé mais pas imaginaire, « comme en témoigne la balle rouge qui orne le nez des clowns, souvenir de cet autre temps », nous dit-on à la fin du spectacle…

 

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