Récifs à tiroirs.

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Turak Théâtre prend ses quartiers de Printemps au Théâtre Gerard Philippe de St Denis et nous présente Les Fenêtres Eclairées, courte pièce où se mêlent marionnettes, musique et objets de toutes espèces pour une fable inventive et à inventer. Un bric à brac de sensations créatrices. Sur scène, des meubles inertes et encore fades se terrent, attendent le mouvement des sons et des corps pour remuer leur paroi de bois et de métal. Puis apparaissent ces fenêtres d’un rouge flamboyant qui attirent notre regard, et enfin, le visage blanc et souriant d’une marionnette au col fraisé qui vient admirer le paysage et déclencher sous nos yeux le mécanisme de ses automates-ismes.

{{ {Nous en aller.} }}

En suivant les balises et les valises, on comprend qu’il s’agit d’un départ, puisque que la radio vient d’annoncer que la mer dévastatrice ( ou génitrice, tout est possible) arrive. Avant le grand changement, rassembler les choses, tout emporter avec soi. Dans cet appartement ouvert, il faut entrer et se laisser aller. Se laisser porter par le flot d’objets, de mouvements et ainsi se raccrocher aux branches, aux tables et (surtout) aux chaises pour créer sa propre histoire. A chacun d’inventer son épopée ordinaire, ce monde de petits riens qui peuvent dire beaucoup. Mouvements réglés, maîtrisés, musicaux, « rout-inhabituelle ».

{{ {Déc-ouvrir l’oeil.} }}

Dans les yeux bleus de Michel Laubu, il y a la douceur de la simplicité à retrouver. Et dans ses oreilles, règnent les bruits, les cliquetis des objets vieillissants. Sur scène, il y a tout : sa tête et son corps qui manient d’autres présences, ses marionnettes. Le plaisir d’entrer par les grandes fenêtres dans l’intimité, dans le bazar cérébral et matériel d’un autre et de découvrir la folle mécanique de son monde. Il ne reste qu’à confronter les imaginaires, aussi débordants soient-ils. Sac de chaises, Maman Robinet et son land’eau, Chaise aux pieds palmés, et autres guitares actionnées comme des automates, apparaissent dans ce cabinet des curiosités qui contient bien des merveilles.

{{ {Seuls à plusieurs.} }}

Ce qui est joliment fou, c’est que d’un seul monde, de la plainte d’un solo de guitare, découlent de multiples univers. Même en parlant de la solitude simple d’un personnage blanc face aux choses et aux objets les plus colorés d’histoire, les musiciens et marionnettistes parviennent à créer des présences. Les murs des fenêtres se construisent dans l’imaginaire, l’absence de mots inventent un discours, et de la musique naissent les mouvements des âmes. Derrière le masque des surfaces, derrière ce qui nous fait face se cache une autre réalité, d’autres peuplades lilliputiennes, un autre continent à explorer. C’est aussi l’histoire de ces rencontres improbables, celle d’un pourfendeur de l’humanité tombé du ciel, polyglotte et joueur d’échecs, alcoolique à ses heures perdues. Mais également celle de mouches musiciennes qui s’exercent sous les entonnoirs. Des instants fous qui peuplent cette caverne d’un là-bas indistinct et en sursis : cette parcelle de vie.

Des Fenêtres Eclairées comme de multiples rayons de lumière qui éclaircissent la nuit routinière, comme des escapades incongrues dans le monde de l’autre, comme un puits sans fond dans la découverte. Perdre ses habitudes avec poésie et générosité dans cette armoire à sourires potentiels.

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