L’amour d’une femme.

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{Tu n’aimes pas aller au théâtre seule, tu détestes ça. Mais la scène t’interpelle, et te voilà dans le 20eme arrondissement, pour entendre tout l’Amour d’une femme. Une fois installée dans la toute petite salle du Théâtre de l’Est Parisien, tu entends le brouhaha des spectateurs, une réaction bruyante à une ambiance sonore, à la fois lourde et liquide créée par une percussion samplée, qui résonne depuis ton entrée. Les conversations s’intensifient, durent jusqu’à ce qu’enfin, le noir rende leurs histoires silencieuses.}

{ {{Au cœur de la femme, un monde.}} }

Dans cette petite salle du Théâtre de l’Est Parisien, tout est une histoire d’angles, trois gradins sont séparés par des poteaux et toutes les lignes mènent au centre qui est la Scène. Le point de fuite d’une histoire d’amour : le cœur du problème. Géométrie presque parfaite pour une histoire en mouvement, au degré de chaleur changeant. La scène étant vide, il suffit d’un rien pour créer les lieux. La structure {{géométrique}} teintée de l’imagination du spectateur, devient surface {{géographique}}. Un carré de tissu blanc est posé sur le sol, et les projecteurs de couleurs visent un point précis : là, illuminé de bleu c’est une piscine qui apparaît; ici une chambre, une fenêtre sous une cascade de pluie, plus loin, le sud de la France dans le froid. Et puis {{Paris}}, la ville où deux êtres se rencontrent. La lumière construit l’espace, cartographie la scène comme l’amour lui fait découvrir une à une {{les reliefs de son corps, et celui de l’autre}}. C’est le printemps quand la douceur s’emparent d’elles. Et puis les saisons passent, elles plongent alors dans l’amour le plus fou. Tout n’est que douceur. Les vagues les submergent toutes deux, comme un rythme chaloupé et entraînant.

{ {{… Et sa chute.}} }

Les battements de son cœur se calquent au rythme des percussions, ils évoluent comme elles changent dans les mains de l’instrumentiste. Les sons s’enchaînent, créent une autre histoire qui enlace la sienne. {{La lumière embrasse le son}} et l’imagination fait le reste. Les sens habillent et déshabillent la femme avec subtilité, éclairent son texte. Quand le son cesse, d’autres suivent, la marche du monde ne s’arrête pas, les projecteurs craquent de chaleur, et la montre de ta voisine leur répond que le temps passe. {{L’amour aussi, malheureusement}}.

Il y a la passion de l’instant, celle des moments hors du temps, où la cadence comme les mots jouent avec le tempo, déstructurent la parole. A trop vouloir oublier, elle égare ses repères. Paris l’a quittée, elle ne la reconnaît plus. Elle veut du bruit, du mouvement, elle manque de tomber. Sa voix virevoltante et charmante se perd dans le souvenir, elle lâche son magnifique sourire. La mélancolie est chantée, pleurée, au bord du cri. Elle est au bord. Sa voie veut se diluer dans celle de la Seine. Mais pourquoi mourir ?

Le vide s’installe dans son corps et la lumière blanche et fade la recouvre. Elle se voile de froid au cœur de l’hiver. Est-elle morte, est-elle loin ? Raconte t-elle son histoire, ou de son regard franc vers le public, fait-elle jaillir les souvenirs de tout un chacun ? Il n’y a que toi qui puisses le savoir. Elle te regarde comme tu l’écoutes. C’est une histoire qui se vit à deux. Il n’y aurait rien eu {{sans l’Autre.}}

{Tu repars seule. Le métro est désert. Paris t’a éloignée de ce vide aux bruits harmonieux pour en trouver un autre, cacophonique et froid. Tes yeux sont brillants. Ton carnet tombe sur le sol. Chut ! Tu écris. }

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