Richard III – Loyauté me lie

Théâtre de l'Aquarium

  • Date Du 03 novembre au 03 décembre
  • D'après Shakespeare
  • Avec Élodie Bordas et Jean Lambert-wild
  • Direction Jean Lambert-wild, Lorenzo Malaguerra et Gérald Garutti
  • Musique et spatialisation en direc Jean-Luc Therminarias
  • Scénographie Stéphane Blanquet et Jean Lambert-wild
©tristan Jeanne-Valès

« Encore un Richard III ? »

 

Hé bien oui, cher lecteur, voici qu’un Richard III est à nouveau monté sur les planches françaises. Ce qui représente un gros pari pour ses metteurs en scène, Jean Lambert-wild, Lorenzo Malaguerra et Gérald Garutti, car, bien que leur travail ait débuté il y a trois ans, cette création arrive après celles très remarquées d’Ostermeier, d’Ivo van Hove et de Thomas Jolly. Alors lassitude ou heureuse surprise ?

 

Peut-on s’imaginer un Richard III en bouffon, grimé de blanc et nageant dans son pyjama ? On l’avoue le monologue d’entrée du protagoniste, incarné par Jean Lambert-wild, n’a pas réussi à nous faire adhérer à cette idée d’un tyran clownesque. Richard III : l’horrible qui tua le Roi Henri VI et son fils Édouard, sans manquer d’épouser au passage sa veuve éplorée, Lady Anne. L’odieux, le sanguinaire usurpateur du trône d’Angleterre qui commandita les meurtres de son frère et de ses neveux tout en projetant de se marier avec sa nièce. Comment ce despote peut-il enfiler le costume d’un clown ? Difficile à dire. Pourtant, Jean Lambert-wild parvient avec ce tour de passe à passe à sonder les tréfonds névrotiques de son personnage, comme aucun de ses prédécesseurs n’y est parvenu avant. Effrayant de voir les méninges sadiques de cet homme avide de pouvoir et de reconnaissance s’activer sur la scène. De cette gymnastique vicieuse, le décor se fait l’écho. Sur la scène, un immense carrousel imaginé par Stéphane Blanquet dévoile des cachettes monstrueuses à chacune des manipulations de Richard III, à chacun de ses meurtres. Conçue autour du thème de la fête foraine, la boite effroyable n’échappe à aucun jeu du code : chamboule-tout, tir à la carabine, barbe à papa, distribution de bonbons… L’horreur a des goûts festifs.

 

Aux côtés de Jean Lambert-wild, la talentueuse Elodie Bordas interprète avec une aisance remarquable tous les autres personnages : changement de costumes en un temps record, modulation de la voix, variation des mimiques. L’illusion est saisissante. Néanmoins, un tel choix de distribution apporte son lot de difficultés, en particulier pour cette pièce où la généalogie royale est des plus réticulaires. Si le recours à la projection holographique et à l’illusion d’optique (de grandes roues parées de bouches qui en mouvement singent la parole) ou encore l’utilisation de poupées s’avèrent être de très bonnes surprises, la scène du maire et des représentants obscurcit le dialogue. On ne saurait dire par moments qui parle réellement… Ce petit décalage, bien que momentané, questionne l’accessibilité de l’ensemble du spectacle. Peut-on venir découvrir le texte de Shakespeare grâce à cette mise en scène ? N’est-elle pas plutôt à destination d’initiés ? Bien qu’indéniablement ingénieuse, la théâtralité du décor ne peut rattraper ce manquement : le spectateur novice peut se sentir exclu du cauchemar éveillé que nous fait vivre Richard III. Dommage !

©tristan Jeanne-Valès

 

Photos : ©tristan Jeanne-Valès

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