Bartleby

Le Mouffetard - Théâtre des arts de la marionnette

  • Date
  • Adaptation, mise en scène, interprétation Denis Athimon, Julien Mellano
  • Musique originale François Athimon
  • Lumière Alexandre Musset
  • Construction marionnettes Gilles Debenat, Maud Gérard
  • Régie son et lumière Antoine Jamet, Gwendal Malard, Tugdual Tremel
CrŽation BOB ThŽ‰tre en coproduction avec le TMG
D'aprs l'oeuvre d'Herman Melville
Adaptation, mise en scne et interprŽtation: Denis Athimon et Julien Mellano
CrŽation musicale: Franois Athimon

Bartleby – l’énigme de Wall Street – fait son entrée pour quelques jours au Théâtre du Fil de l’eau à Pantin (en co-production avec Le Moufftard). Placé au bord du Canal de l’Ourcq, le joli et chaleureux endroit accueille ses visiteurs par l’exposition « Objeux d’mots » pour mettre en valeur les arts plastiques dont la marionnette fait partie et préparer les spectateurs pour la suite.

 

La pièce est une mise en scène de la nouvelle d’Herman Melville Bartleby le scribe parue en 1853. Elle raconte l’histoire d’un copiste de pièces juridiques chez un huissier. Bartleby, employé sérieux et travailleur, mais qui va petit à petit refuser de remplir ses fonctions en opposant systématiquement à chaque ordre qu’il reçoit un mystérieux « Je préfèrerais ne pas ». Bartleby cesse de travailler, de sortir du bureau, de manger et de vivre. C’est un anti-héros avec un pouvoir magique sur son employeur qui se sent responsable et coupable de son sort. La nouvelle de Melville a incité beaucoup de grands écrivains et de philosophes à développer des théories à propos du personnage principal sans avoir réussi à enlever le mystère à cette œuvre, qui a depuis quelque temps sombré dans l’oubli.

 

Le spectacle commence par une courte présentation du comédien principal et de son métier d’acteur. Il se met en face du public devant un castelet installé sur le plateau, éclairé par une lumière un peu crépusculaire dans un décor simple et minimaliste. Habillé tout en noir, dans un espace de jeu noir, il reste optimiste et joyeux. Un musicien accompagne son récit à la guitare électrique. Tout paraît aller selon le plan lorsqu’un troisième comédien arrive sur le plateau, en retard : habillé d’un jeans et d’une veste noire, un peu négligé, avec des sacs plastiques remplis de nourriture dans les mains – l’apparition est comique et nous met en doutes sur les motifs de ce retard. Il reste calme, se change et revient.

 

Les deux comédiens prennent leurs marionnettes, mais restent tout à fait présents pendant la pièce. C’est un échange entre les marionnettes et les comédiens : les comédiens expliquent des mots inconnus, ils parlent entre eux, ils nous montrent les dessous du décor. Parfois on ne sait même pas si les comédiens parlent toujours de Bartleby ou de leurs propres histoires. On ne sait pas si c’est le comédien qui préfèrerait ne plus jouer, si c’est lui qui en a assez de son travail ou si c’est Bartleby.  On ne sait pas si c’est Bartleby qu’il faut faire déménager des locaux du notaire ou c’est le comédien qu’il faut sortir du plateau, parce qu’il a cessé de jouer. Les histoires se mélangent et le niveau du marionnettiste et celui de la marionnette aussi.

 

Au début, le rythme de l’histoire est vif et rapide. Les personnages sont agités et se répondent du tac au tac. Les comédiens restent très fidèles au texte : même l’accent de Dindon, l’un des collègues de Bartleby, est transmis par un drôle d’accent anglais tandis que Lagrinche, l’autre collègue, parle un français impeccable. Seul Gingembre n’est pas représenté dans cette version et donc il n’y a pas de biscuits de gingembre qui étaient la seule nourriture du personnage principal. Donc, dans cette mise en scène, Bartleby ne mange rien et travaille. Le spectateur ne comprend pas que Bartleby ne préfèrerait pas seulement ne pas collationner, c’est-à-dire comparer les copies aux textes originaux, mais qu’il préférerait également de ne pas travailler du tout. La mise en scène du Bob Théâtre raconte involontairement une autre histoire, l’histoire d’une personne qui travaille énormément, qui n’en peut plus un jour et dont l’employeur doit se débarrasser. C’est une histoire qui semble plus adaptée à la réalité moderne avec ses problèmes de burn-out et de la dépression dans l’échec absolu. Les frontières entre le vrai et le faux étant poussées vers l’extrême, la fiction remplace la réalité et l’absurde ne semble plus si improbable.

 

La guitare donne du rythme et du caractère tout au long de la pièce en rendant cette belle expérience encore plus triste et mélancolique. On aime bien le personnage, on aime bien les comédiens, on aime bien le Théâtre du Fil de l’eau et on serait heureux d’y revenir.

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