Le Musée de la mer

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Après le très élégant Julius Ceasar de W. Shakespeare (en anglais) au Théâtre Gerard Philippe, Arthur Nauzyciel continue son voyage entre les langues en adaptant au Théâtre de Gennevilliers un texte de Marie Darrieussecq: Le Musée de la Mer, écrit en 2007 et mis en scène au sein du Théâtre National d’Islande en 2009. Une expérience sensorielle aux multiples échos, aux frontières posées en pointillés. Tout d’abord, un echo étranger:

[Par ici.->http://www.dailymotion.com/video/xaf4hh_andrew-bird-anonanimal_music]

{{Ecoute. }} Une goutte, un souffle. Un chant.
{{Regarde. }} Un œil, un reflet, un double. Un monstre.

L’œil hagard, perdu dans trop de bruits, noyé dans une eau ruisselante sur les parois plastifiées de la scène. Laisse toi porter par le vent silencieux, et l’attente des personnages dans le vide plein d’un Musée de la Mer déserté, au cœur de l’Islande.

Oublie la neutralité dans un pays en guerre. Le cocon que {{Man }} et {{May }} essaient de construire n’est pas imperméable. La mer des souvenirs et des larmes les rattrapent. Alors ils marchent {{sur et sous l’eau.}} Les vêtements et cheveux trempés, avançant à pas lourds et lents comme s’ils avaient marché des heures, des mois, des années sous cette pluie de bruits, sous ce flot continu de paroles sans ponctuation et de visiteurs absents. Ils sont délavés de toute couleur, réduits au noir et au blanc, et au brillant aspect aseptisé du plastique.

Approche toi de cet aquarium. Regarde le attentivement, tu peux y voir ton reflet, ton double déformé et monstrueux. Une partie de ton esprit ou de ton corps encore inexploré. Ressentir une gêne à se sentir disséqué. Et dans un recoin de ta tête il y a ce prodige, créature belle et bête à la fois. Le seul être à se mouvoir et à s’émouvoir dans cet abattement généralisé. Protéiforme, qui fascine et fait sourire: { {{« Les gens aiment les prodiges quand ça va mal, […] quand la beauté sort de la laideur. »}} } Bella est le nom de cette attraction, nom qui laisse une infini de possibilités face aux diminutifs laconiques des autres personnages. {{Liz-Man-May-Will}}, et les jumeaux {{Lolo & Lili}}, ne formant qu’un corps désarticulé pour deux.
Tout est double, pic et creux, surface et profondeur, ombre et lumière.
Comédiens face aux spectateurs entre futur et présent.

L’impression étrange et touchante de faire corps avec ce spectacle, qu’il s’est accroché à nous comme les personnages ne cessent de s’agripper les uns aux autres. Un {{face à face}} corporel d’une intensité nouvelle, entre tension de la tendresse et relâchement abattu.

Bribes de paroles, dialogues avortés par le vide. Etreintes difformes et inattendues. Idées en l’air, pleurs à terre. Autant d’éléments qui forment une {{cacophonie humide}}, mais qui font corps. Une esquisse d’accord perdu, qui sonne juste.

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