Le Dodo

  • Date

Après Terrien, un retour théâtral sur son expérience au sein du Temple du Soleil et une tournée dans Forêts de Wajdi Mouawad, Yannick Jaulin, conteur vendéen, remonte le fil de son histoire et décortique son identité dans Le Dodo, fable fantasque et schizophrénique. Au bas de l’arbre des origines, il y a une terre, un sol d’attache, auquel on se “crampougne”. {{Yannick Jaulin}} est l’un de ses fervents soldats de la sauvegarde des “parlhanges” oubliés, de ces racines bavardes. Racines qu’approche en “piètant”, le disparu {{Dodo}}, la créature dénigrée et oubliée de l’Ile Maurice. Il suffit alors de raconter son histoire, pour redonner une fierté à cet animal atypique, le dernier de son clan. Pas si simple quand le conteur lui-même, est dans un dilemme des origines, cherche sa place entre le piédestal d’un {{Joslin}} et les racines patoisantes de {{Japiot}}. Qui est-il pour donner à la gentillesse du Dodo, la larme de la victime finalement triomphante ? Est-il un Dodo, un Dandy, ou les deux ?

{{Echos.}}

Mettant l’artiste et sa création en abyme, il va chercher le Dodo des profondeurs de la terre pour lui redonner la parole. Mettant en scène une schizophrénie, {{Yannick Jaulin}} n’est plus lui. Ou plutôt, il se met en scène. Dès son arrivée sous un tonnerre d’applaudissements enregistrés, il s’oublie. Il est multiple, comme les innombrables voix dans la foule de ses semblables. Ses personnages prennent peu à peu sa voix pour ne pas être oubliés dans la multitude. Sa voix, dans le micro, sonne faux, sonne lointaine. Il l’oublie.
Il cherche son chemin dans le récit d’une double histoire, celle de cet oiseau incapable de voler, et celle de Maurice, dernier oisif du village aux pas chaloupés. Comment trouver les mots justes pour dire la différence ? Parler d’amour, d’humour aussi, mais comme le dit Japiot { {{« On rit pas tous dô mêmes affaires. »}} } Y’a-t-il une infranchissable barrière entre les cultures, entre les langues ?

{{Seul sur son « il ».}}

{{Yannick Jaulin}} pose des questions, des mots sur le monde. Il le regarde et le décrit, mais { {{« ce n’est pas parce qu’on regarde le monde qu’on y participe pas, qu’on est plus bête que les autres. »}} } Il voit avec une grande justesse, les maux d’un homme en quête de sens pour son récit, à la fois mauvais d’être trop statique, sectaire, attaché à sa culture natale, et bon d’être pourfendeur de l’humanité embarqué dans la marche de la masse. Il brouille les contraires, sans se dépeindre en gris. Son avis à lui, il est en filigrane, derrière la distance qu’induit son propos, et voilé d’une ironie caressante. Il distille avec le sourire, les travers du spectacle de la société, et de la société du spectacle. Il trouble le spectateur par de multiples changements de tons et de points de vue, tous plus justes les uns que les autres.

{{Chassé-Croisé.}}

Le “conture” marche, il boxe, il danse, évite les clichés, chaussé de ses baskets jaunes. On se perd parfois sur son chemin fantasque, mais c’est pour mieux se retrouver dans la virtuosité simple d’un langage offrant à tous, la possibilité d’écouter de nouvelles histoires.
Pour les patoisants dodos du Jaulin comme pour les petits nouveaux, laissez vous porter, c’est un spectacle hybride et cheminant.
Une invitation infiniment généreuse, à voir le monde autrement, à prendre le temps d’écouter l’autre et à faire un bout de chemin ensemble. A la croisée des voix, il retrouve ses racines, et le Dodo a fini par s’envoler. Rassurante étrangeté.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *