Une maison de poupée

Théâtre de Vanves

  • Date Du 11 au 15 octobre 2016
  • Adaptation, conception et mise en scène Lorraine de Sagazan
  • Comédiens Lucrèce Carmignac, Romain Cottard, Jeanne Favre, Antonin Meyer Esquerré, Benjamin Tholozan
  • Scénographie, costumes et construction décors Anne-Sophie Grac & Charles Chauvet
  • Régie générale Thibault Marfisi
  • Production, diffusion Juliette Medelli (copilote)
  • Lumières Claire Gondrexon
Crédit photos : Lorraine de Sagazan / Claire Gondrexon

 

C’est une soirée qui s’annonce chaleureuse et festive à laquelle nous sommes conviés. Il y a du vin et un stock de bouteilles de champagne. Les hôtes paraissent cool, habillés mi-BCBG, mi-relax. Même des cadeaux surprises à tirer au sort nous attendent et qu’importe que l’on soit en retard, les comédiens continuent de nous accueillir en nous expliquant le déroulement des festivités.

 

C’est donc avec la douce excitation des débuts de soirée où tout peut arriver, le pire comme le meilleur, que nous entrons dans « Une maison de poupée » qui se jouait au Théâtre de Vanves, jusqu’au 15 octobre. Mais cet univers sympathique, cette maison où vit un couple plutôt aimant et chaleureux, va rapidement s’assombrir.

 

Librement adaptée d’une pièce écrite au XIXe siècle par le norvégien Henrik Ibsen, celle-ci raconte les aléas de Nora, cadre dans le milieu bancaire et de son époux, Torvald, quant à lui au chômage, mais également de leur entourage : un médecin plongé dans une lourde dépression, une femme qui refait sa vie suite au décès de son mari, et l’assistant de Nora dont le poste sera au cœur de vives négociations. D’ailleurs, il est à remarquer que dans la pièce originale d’Henrik Ibsen, les rôles des époux sont inversés : Nora est une femme au foyer tandis que son mari occupe le poste de directeur de banques. Dans une atmosphère contemporaine, il sera autant question de suicide, d’amour naissant, de perte d’emploi ou à contrario d’embauche que du rapport homme-femme. De toutes ces petites choses, certes ici un peu exagérées pour la fiction et ses rebondissements, qui peuvent chagriner ou embellir notre quotidien. Ces petites ou grandes déceptions, que l’on est aussi contraint de faire remonter au grand jour, lorsqu’on recroise la route de vieilles connaissances.

 

Crédit photos : Lorraine de Sagazan / Claire Gondrexon

Crédit photos : Lorraine de Sagazan / Claire Gondrexon

 

Ce qui nous plaît et nous amuse d’emblée dans cette pièce, c’est le contact avec le public, qui en plus des gradins, est installé de part et d’autre de la scène. Entre deux joutes verbales, les comédiens nous interpellent volontiers. Romain Cottard (Torvald) dont le jeu tout au long de la pièce est aussi fluide que spontané tend par exemple à un spectateur un pistolet pour enfants tout en lui reprochant ensuite de le pointer vers lui. Le quatrième mur brisé, nous nous sentons proches des personnages, rassemblés dans cette cuisine que l’on imagine n’être qu’un petit espace d’un loft branché beaucoup plus vaste. Il nous arrive même de nous sentir mal à l’aise quand au cours d’une discussion un personnage émet des jugements de valeurs envers un autre, comme lorsque Christine se moque de l’inactivité de Torvald.

 

Notre second coup de cœur constitue l’axe majeur de la pièce : le rapport homme-femme aujourd’hui. Les relations de couple sont-elles plus égalitaires en 2016 qu’au moment où la pièce fut écrite, au XIXe siècle ? Dans Notes pour une tragédie contemporaine, en 1878, Henrik Ibsen estimait qu’ « une femme ne peut pas être elle-même dans la société contemporaine, c’est une société d’hommes avec des lois écrites par les hommes, dont les conseillers et les juges évaluent le comportement féminin à partir d’un point de vue masculin ».

 

Dès les premières minutes de cette pièce jouée au Théâtre de Vanves, pantalon noir et chemise blanche cintrée, Nora, l’épouse du couple, monologue ainsi sur la femme parfaite tant fantasmée par les hommes. Celle-ci se doit d’être maigre tout en n’étant pas obsédée par les régimes par exemple. Ainsi, dans cette adaptation, ce personnage semble proche de nos préoccupations contemporaines et vit, de plus, une situation qui nous paraît plutôt commune : celle d’une épouse, qui bien que moderne dans ses convictions, rencontre des difficultés à s’émanciper professionnellement. Pour autant, malgré ces évolutions, la fin de cette pièce semble témoigner que les hommes, même en situation d’infériorité salariale, continuent d’exercer aujourd’hui une certaine domination sur les femmes. Face à un mari quelque peu manipulateur, Nora, en manque d’estime de soi, peine à lui répondre. Et même lorsque toute l’injustice de sa situation se révélera à ses yeux, elle restera assise, muette et abattue. Une fin plutôt attristante d’un point de vue féministe lorsqu’on sait que dans la pièce originale d’Henrik Ibsen, Nora, alors femme au foyer, quitte son mari et ses enfants. Décidée, elle disparaît.

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