Simplement Epoustouflant

  • Date

Il est si rare d’atteindre la perfection visuelle. Mais quand celle-ci est doublée d’une perfection sonore et même triplée d’un texte renversant, il est difficile d’y croire. Voilà l’état d’esprit qui anime à la sortie du très court (1h) spectacle de Georges Lavaudant, directeur de l’Odéon.

Inconditionnel de Carmelo Bene, Georges Lavaudant a été le premier metteur en scène à monter ce spectacle à la fin des années 70. Grandement inspirée de Richard III de Shakespeare, cette pièce retrace la cruelle ascension du duc de Gloucester qui commettra les pires atrocités pour se hisser en haut du pouvoir. Ariel Garcia Valdès était déjà l’interprète de ce rôle titre, et l’endosse à nouveau durant ce mois d’hommage à Carmelo Bene, disparu en 2002.

Au delà du texte et de la fable, ce qui est le plus frappant dans ce spectacle c’est l’éveil des sens.
La vue tout d’abord. Pièce cinématographique au possible, on croit assister à un film en noir et blanc, où tout est contraste et géométrie. Le décor est unique mais les effets de lumières créent une atmosphère à chaque tableau. Une grande table occupe toute la largeur de la scène, recouverte de tout son long par des verres et des carafes. La lumière est tantôt vive, tantôt crépusculaire, tantôt stroboscopique, pour le plus grand plaisir des yeux.
Les comédiens se meuvent de manière chorégraphique à des rythmes très différents. Leurs costumes sont à la fois d’inspiration shakespearienne et modernes dans leur géométrie. Tous semble tellement réglé qu’on atteint la perfection.
Aux premières paroles, c’est l’ouïe qui est enchantée par les voix amplifiées au micro, comme si les personnages nous parlaient d’un au-delà. De plus, la musique est très présente, et même s’invite entre les scènes comme des coupures de publicité. On entend battre les cœurs, soupirer, et même suffoquer peu à peu le vieux roi. Tous les bruitages prennent une importance immense, presque autant que les paroles.
Enfin saluons les performances des comédiens. Ariel Garcia Valdès, maquillé et déformé pour mieux coller à l’idée qu’on se fait du monstre Richard, est plus qu’excellent. La scène où il joue aux petits soldats shakespeariens avec les verres à la fin d’un festin qu’on imagine bien arrosé est savoureuse. Georges Lavaudant lui-même, qui interprète la mère – eh oui ! – du sanguinaire, fait oublier qu’il est un homme sous sa coiffe de veuve. Les femmes sont en effet les personnages forts de la pièce, puisqu’elles forcent Richard à composer avec elle si il veut accéder au trône. On saluera donc aussi la performance de Céline Massol et Astrid Bas. Enfin Babacar M’baye Fall se montre à la fois drôle et touchant dans le rôle du roi mourant.

On recommandera peut-être seulement aux profanes de l’œuvre originale de Shakespeare de réviser leurs classiques afin de ne pas être trop perdu dans la trame volontairement élusive de Carmelo Bene. Mais on oublie presque qu’on ne connaît pas l’histoire de Richard III face à tant de beauté…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *