Palomar

Le Mouffetard - Théâtre des arts de la marionnette

  • Date Du 7 au 9 octobre 2016
  • De Italo Calvino
  • Mise en scène Raquel Silva
  • Dessins et scénographie Alessandra Solimene
  • Musique et dessin du son Daniela Cattivelli
  • Lumière Marco Giusti
  • Regard extérieur Elisabetta Scarin
  • Interprétation, manipulation et construction Alessandra Solimene et Raquel Silva
  • Construction du théâtre Alek Favaretto
  • Compagnie Pensée visible
palomar

Du 7 au 15 octobre, le Mouffetard accueille, en partenariat avec le Théâtre aux Mains Nues, le Festival Scènes ouvertes à l’insolite, consacré à la marionnette contemporaine dans ses différentes formes. Chaque soir, différents parcours de trois pièces sont proposées aux spectateurs. Passant de l’objet, au papier puis à l’ombre, nous avons ainsi assisté à « A travers la Cerisaie » créée par Vera Rozanova (Collectif 23h50), « Palomar » de la Compagnie Pensée visible et « Frères » produit par la Compagnie les Maladroits.

 

La compagnie Pensée visible présente à ce festival trois petites fables philosophiques en théâtre de papier extraites de Palomar, œuvre d’Italo Calvino relatant les aventures et mésaventures de Mr. Palomar, perpétuel observateur du monde en quête de sagesse. Pour notre part, c’est « Le sein nu » que nous avons eu l’occasion de voir lors d’une de ces courtes représentations.

 

Monsieur Palomar se promène sur une plage lorsque ses yeux heurtent la rondeur de deux seins nus : regarder ailleurs, pour ne pas embarrasser la dame, voilà la chose à faire. Pourtant, en les évitant du regard, ne montre-t-il pas du même coup sa gêne et son intérêt pour eux ? Il repasse donc sur la plage en frôlant des yeux indifféremment et avec la même constance tout ce qu’il croise sur son chemin. Mais n’est-ce pas alors les chosifier en les relayant au rang de paysage, consolidant de cette façon une tradition de pruderie machiste déniant aux formes féminines toute légitimité dans l’espace public ? Alors, avisé, Palomar observe avec attention et bienveillance ces deux bouts de chair roses. Mais la baigneuse, agacée, se rhabille et s’en va.

 

Pendant quinze minutes d’émerveillement, c’est une véritable poétique de l’image qui bouge qui nous est donnée à voir. Cachées derrière le petit théâtre de papier, les deux machinistes actionnent à la main ou à l’aide de « tirettes » – selon le vocabulaire consacré, les innombrables planches et morceaux de papier (chaque partie mobile devant être autonome) qui, par leur agencement, créent un microcosme en relief, le tout fonctionnant de manière assez technique par couches superposées ou intercalées. Alessandra Solimene et Raquel Silva recréent une poésie nouvelle dans une forme théâtrale peu usitée, originale et complexe, à travers un style graphique très caractériel : teintes claires et polychromes, tracé épuré et courbe, qui a quelque chose de simple et d’enfantin. Grâce à une mise en scène dynamique et créative, ces quelques bouts de papiers vont modeler un monde aussi incongru que réjouissant.

 

Petit conte étonnant et esthétique, le « sein nu » présenté par la Compagnie Pensée visible allie le charme d’un texte audacieux et savoureux à la délicatesse d’un univers de papier, l’un et l’autre co-créant avec malice un nouvel espace artistique, une petite bulle de beau, sous nos yeux ébahis.

 

 

La critique de « A travers la Cerisaie » est disponible ici.

La critique de « Frères » est disponible ici.

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