Robert Plankett

Théâtre de Vanves

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Cette joyeuse bande, composée de comédiens et de comédiennes un peu foufous, s’empare du sujet délicat que constitue la mort brutale et prématurée. Robert Plankett n’est plus, et ses amis s’occupent de la logistique post-mortem. Mince, on arrive après la bataille. Mais Robert Plankett est bien une pièce comique, qui provoque un rire à la fois franc et très tendre. Ne manquez pas ce petit bijou de théâtre, plein de vie. Quand Jeanne Candel met en scène un spectacle, elle s’inspire de la danse. Car « en danse, souvent, il n’y a rien qui préexiste et il faut tout inventer sur place ». C’est cela qui fait la particularité du travail de mise en scène et du travail des acteurs sur Robert Plankett : c’est une création collective dont les acteurs sont les auteurs. De nombreuses improvisations ont nourri et constitué, petit à petit, cette pièce. Cette manière de faire met en place un rapport de proximité avec les spectateurs, qui peuvent encore sentir la création en marche, la spontanéité du verbe et la nonchalance (pourtant maîtrisée) du geste. La parole a cela de particulier dans Robert Plankett de semer le doute : est-elle inventée sous nos yeux? Est-elle totalement ou partiellement maîtrisée par les locuteurs? Ceux-ci semblent avoir la possibilité de modifier, s’ils le veulent, le texte écrit.

 

Cette liberté que les acteurs ont, dans leur rapport aux mots, est associée à une liberté d’imagination dans la représentation de la réalité… ça tombe bien, c’est justement ce qui fait la force du théâtre ! Les limites d’espace et de temps sont ici déconstruites, puis repositionnées selon les besoins du propos. La poésie occupe ainsi la place qu’elle demande : là où elle n’est pas attendue… là où elle peut surprendre le spectateur, sur ce sujet pour le moins sensible.

 

Oui, c’est une pièce autour de la mort, de la disparition brutale, incompréhensible, injuste, absurde. Le jeune Robert est mort d’un AVC (ne vous inquiétez pas, vous aurez droit à la définition et à la reconstitution exacte d’un AVC, cervelle de veau en main, en temps presque réel). Son absence soudaine (« A un moment, il était là… et la minute d’après… il y était plus », comme dit Camille) ramène le groupe d’amis qui l’entoure à ce que la vie a de plus crucial, et à ce qu’elle a de plus superflu (qui cache, souvent, ce qu’il y a de crucial!) : Camille, la compagne de Robert, doit-elle manger ou jeter la poulet qu’ils avaient acheté… ENSEMBLE?

 

La mort donne un sens nouveau à la vie, et aux choses de la vie. Le Collectif La Vie brève, qui porte décidément bien son nom, offre un sens nouveau à la théâtralité.

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