A travers la Cerisaie

Le Mouffetard - Théâtre des arts de la marionnette

  • Date Les 7 et 8 octobre 2016
  • D'après La Cerisaie d'Anton Tchékhov, traduction de P. Pavis
  • Conception, mise en scène et interprétation Vera Rozanova
  • Assistant à la mise en scène et création lumière Lucas Prieux
  • Création costume Nawelle Aïneche
  • Création sonore Thomas Demay
  • Collectif 23h50
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Du 7 au 15 octobre, le Mouffetard accueille, en partenariat avec le Théâtre aux Mains Nues, le Festival Scènes ouvertes à l’insolite, consacré à la marionnette contemporaine dans ses différentes formes. Chaque soir, différents parcours de trois pièces sont proposées aux spectateurs. Passant de l’objet, au papier puis à l’ombre, nous avons ainsi assisté à « A travers la Cerisaie » créée par Vera Rozanova (Collectif 23h50), « Palomar » de la Compagnie Pensée visible et « Frères » produit par la Compagnie les Maladroits.

 

La comédienne et marionnettiste Vera Rozanova a relevé un véritable défi : nous raconter la Cerisaie avec pour seuls partenaires de jeu des objets. Pour rappel, dans cette pièce de Tchékhov, une maison d’enfance pleine de souvenirs est finalement revendue, au grand dam de ses habitants, à Lopakhine, fils nouvellement fortuné d’un ancien moujik de la propriété ayant pour projet le rasage et le lotissement du domaine. Tout en son long, le récit sera entrecoupé de digressions, la narratrice nous faisant part de souvenirs ou de réflexions assez générales sur la Russie d’avant.

 

Un dispositif scénique ingénieux cadre la narration : trois poulies suspendues relient chacune une valise à un plateau de verre, ce dernier montant ou descendant selon la position des valises sur scène, et ouvrant ainsi par moments – et un peu merveilleusement – de nouveaux espaces scénographiques. Dans cette version remaniée d’un classique tchékhovien, chaque personnage sera un objet rendu vivant et animé par la comédienne : pour Lopakhine, un réveil, pour Lioubov (la propriétaire de la Cerisaie), un samovar, et ainsi de suite. Si la manipulation d’objets fonctionne globalement, on est parfois un peu gêné de la place occupée par l’actrice, son jeu prenant alors le pas sur l’objet, qui dès lors n’est plus vivant. La rigidité apparente des objets – exception faite de la vieille gouvernante, marionnette assez sophistiquée – ne fait néanmoins pas obstacle à Vera Rozanovna, qui parvient astucieusement à en exploiter toutes les possibilités (par exemple, Lioubov pleure en « coulant du robinet »). Les occasions d’un comique d’objet sont ainsi saisies et développées : quand Lopakhine devient le nouveau propriétaire de la Cerisaie, il se transforme en bouilloire électrique, détrônant symboliquement sa prédécesseure, le samovar, alias Lioubov.

 

Au final, A travers la Cerisaie s’illustre par une scénographie à taille d’objets impressionnante, qui offre des images très travaillées et tout en finesse, mais peut-être au détriment du reste : de quoi parle-t-on ici au fond ? Pourquoi Tchékhov, si du fait du format et de la forme adoptés, la psychologie des personnages est réduite à néant ? Et quand bien même on accepterait que la Cerisaie ne soit qu’un prétexte à une épopée au pays de l’ustensile et du bibelot, le spectacle demeure incomplet (ni enjeu dramatique, ni moments de vie prégnants, etc.) et manque de substance pour réussir à nous convaincre tout à fait.

 
© DR
 
 

La critique de « Palomar » est disponible ici.
La critique de « Frères » est disponible ici.

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