Dom Juan

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René Loyon a choisi l’espace feutré du Théâtre de l’Atalante pour explorer les ressources et possibilités de son Théâtre de Chambre: Un théâtre de l’intimité, de la confidence presque chuchotée entre les comédiens et le nombre restreint de spectateurs. La promesse semble tenue pour ce Dom Juan, l’inimitable Molière gagne ici en finesse, grâce à un éclairage nouveau, presque fantastique des ombres et questionnements qui hantent l’épouseur à tout-va. {{ {« Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. »} {{Blaise Pascal.}} }}

Ici règne son contraire : Être un dandy en questionnement prostré dans son mobilier de velours. Le récit d’une quête, d’un voyage immobile d’un {{Dom Juan}} glissant de divertissement en divertissement. Prostré entre ses quatre murs, il est alors au coeur de sa raison déraisonnable, de ses rêveries et songes inassouvis. L’espace des reflets et des mirages. Les lieux apparaissent et disparaissent par les lumières fascinantes et changeantes de {{Laurent Castaingt}}, découvrant et découpant l’espace au gré des actes. Il en est de même pour les personnages voilés d’ombre ou exposés en pleine lumière, nombreux et fugaces, qu’interprètent tour à tour les six brillants comédiens: le caméléon Jacques Bucher, nerveux et explosif en Monsieur Dimanche, imposant et solennel en statue du Commandeur; mais également la presque schizophrénique {{Claire Puygrenier}}, interprétant Elvire entre désespoir et grâce. Les spectres et autres fantômes apparaissent, accentuant une dimension fantastique soutenue par la création sonore de {{Françoise Marchesseau}}, aux accords Trip-Pop-Rock. L’immobile cotoie l’imaginaire, la solitude cherche à se divertir. Le Dom Juan de Loyon, ressemblerait presque à une figure du peintre {{Edward Hopper}}, qui représente la solitude de ses personnages à la tête basse, comme perdus entre ombre et lumière dans leur espace dans leurs questionnements et leur imaginaire.

{{ {«L’hypocrisie est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertus.»} }}

Du libertin au romantique, il y a un pas imaginaire que René Loyon a choisi avec audace de franchir. Dom Juan devient sombre et inquiétant, presque démoniaque par son regard désarçonnant. Et Sganarelle, interprété avec finesse et frayeur par {{Yedwart Ingey}}, ressemble à un personnage de {{Beckett}} qui à défaut d’avoir attendu Godot, se retrouve malgré lui au service d’un diable.
Absence de divin, négativité de toute grandeur. Même le texte aux accents grandiloquents de Monsieur Molière semble démystifié, remanié par l’intonation pour lui donner une couleur presque contemporaine. L’immédiateté, la simplicité reprennent leurs droits. Les discours sont virtuoses mais pleins de bon sens. Allié à un regard à une nervosité perturbée mais imperturbable, {{Clément Bresson}} donne à Dom Juan des allures presque politiques où l’évènement immanent prime sur l’engagement à long terme. A l’image de ces poignées de mains feintes et forcées, de promesses dans le vent, qui ponctuent la pièce, autant de cadenas qui l’enferment dans l’inéluctable piège construit par le ciel.

{{René Loyon}} reconstruit une image entre photographie et peinture, celle d’un Dom Juan tout en contrastes, un homme double en clair-obscur : intérieur, assis et songeur à l’oeil fermé, teinté de bleu, et extérieur au regard franc et éclatant, à la puissance de parole brute et sans faille, au charme dévastateur.

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