Baal

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{{Brecht}}, le nom est lâché pour une épopée débauchée et poétique. Maître-créateur de la distanciation, il donne à chacun de ces spectateurs, un peu de terre glaise et dit, « Voilà l’homme, voilà mon personnage. » et vous laisse avec un verre d’eau, le façonner à votre façon, pendant toute la durée de son spectacle.
C’est donc cette eau qui donne vie à ces personnages. Ici, De l’eau-de-vie, qu’ils boivent, dont ils s’abreuvent jusqu’à l’ivresse pour eux, jusqu’à la noyade pour nous.

Liquide, la mise en scène de {{François Orsoni}}, n’est pas limpide pour autant. Baal, interprété par {{Clotilde Hesme}}, choix audacieux pour un rôle des plus masculins, est à la base de cette débauche de vie. Il-elle semblerait devoir, et vouloir briser la glace des conventions, ce bloc qui reste du début à la fin au centre de la scène. Mais la brise t-il vraiment ? La première question d’une longue série d’incompréhensions.

{ {{« Vous êtes un cosmos pourri d’orgueil. »}} }

Qui est Baal?
Baal est-il un animal humain ? {« Il a le sérieux de toutes les bêtes. »} dit Brecht. Baal semble poussé par ses pulsions, ses besoins, cette passion du jeu permanent, repoussant les limites de sa propre sexualité. Baal est-il poète déchu ? Comme tombé des étoiles, il a la tête dans les nuages, il en tombe même amoureux. Ni génie ni néophyte, il vit pour écrire, et jouit pour coucher ses vers sur le papier.
Où va-t-il ? A vouloir retranscrire visuellement la valse absurde des situations ponctuant sa vie, il n’y a rien de visible, pourtant la nature semble bercer les rêveries et vacheries de Baal. Mais où est-elle, cette nature ? La scène n’est peuplée que de tables, de chaises, et de fauteuils dans lesquels se vautrent tous les jouisseurs. Matérialisme inconscient, passivité et attente, ou bien Baal l’outsider qui observe le monde en faisant des croche-pattes à la bonne société?

{{ {« L’éternel drâme de la diligence jouée avec des chaises. […] Il n’y a que le postillon de vivant! L’attelage reste immobile, et cependant il dévore avec une rapidité brûlante des espaces fictifs. « } Charles Baudelaire.}}

C’est par cette citation que {{F. Orsoni}} choisit d’informer le spectateur de ses choix de mise en scène.
Baal semble être, avec sa troupe, un conteur de l’absurde. L’absurde renvoie à la vanité, mais la vanité doit elle être invisible? A trop se poser de questions, à courir après des éléments de jeu et de scénographie qui feraient sens, on perd le fil du discours de Baal. Baal aime toucher, mais ne nous touche pas, distanciation oblige. Plus que ça, il ne nous effleure pas. On entend la beauté d’un texte, un conte poétique crasseux, mais bien souvent déclamé trop vite, pour atteindre la jouissance poétique du personnage. A trop vouloir prendre de la distance, à laisser « l’impuissante imagination » du public (autre citation baudelairienne) se figurer les situations, on finit par ne plus rien voir.
Ni les personnages qui se succèdent, malgré la puissance de sa mère à la limite du cliché de la mère juive interprétée par {{Estelle Meyer}}, et la performance permanente du compagnon de Baal, dans tous les sens du terme, Ekart, joué par l’infatigable {{Alban Guyon}}.
Ni l’utilité des chansons, toujours composées par {{Tomas Heuer}} et {{Thomas Landbo}}, qui faisaient la férocité et l’originalité de Jean la Chance. Mention spéciale au classique germanisé de Bowie, Space Oddity, qui avait lui-même joué Baal le temps d’un film.
{Space Oddity}. Bizarrerie de l’espace, incompréhension de mise en scène. Flou artistique. Baal semble nous noyer dans le flot de ses vers et de son ivresse de vie. La beauté du texte de jeunesse s’évapore, comme son sens, dans l’espace cosmologique des rêveries de Baal, ce {Starman}, homme-étoile. Vient alors cette dernière référence : Baal serait-il un nouveau {{David Bowie}}? La figure androgyne à la fois icône punk-graveleuse et poète sensible de Clotilde Hesme pourrait nous le faire penser, la musique également. Mais c’est un autre postillon d’idée qui finit par s’évanouir. Une autre goutte d’eau dans cette océan d’ivresse.

Alors, vivre de poésie et d’eau de vie, ne semble pas être à la portée de tous, puisqu’apparemment {« jouir n’est pas chose facile »}. Il faut juste avoir très soif d’abstraction.

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